L'Alpe

Sophie Marin-David

J’me rappelle, un jour…

Toujours pimpante, élégante, vive et énergique, vous pouvez la croiser au détour d’une route de montagne penchée sous le capot, réparant sa jeep… à coups de marteau, Parisienne échappée d’un film en technicolor. Personne ne s’étonne, on la salue, tout le monde la connaît, enfin ceux d’ici, jeunes et vieux. Elle aussi connaît chacun par son prénom, toujours prête à donner une leçon de déclinaison généalogique. Visage doux, souriant, moustache soignée en géantes virgules, yeux pétillants, il a fière allure, campé dans son jardin, pantalon de montagnard et chemise à carreaux. Sa montagne, il l’a tellement aimée et arpentée qu’il l’a écrite du bout du pinceau, avec ses couleurs, ses raideurs et ses courbes, toujours humble et discret sur ses talents artistiques. Les voilà, les généreux initiateurs qui m’ont éveillée aux Alpes, ceux qui m’ont permis d’entrevoir les richesses et les bonheurs d’un monde inconnu à ma vie urbaine de plaine, et dans lequel je me suis faufilée. Alors non, mes Alpes ne sont pas un paysage, un edelweiss, ni une tartiflette ou le goût d’un reblochon dégusté au fond d’un refuge, ni même quelques lignes de Ramuz, pas même non plus cette petite chapelle baroque perdue, écrin solitaire à la foi des montagnes, et encore moins sa grande sœur du plateau d’Assy, sublime mais trop unique pour évoquer l’essence de tout un territoire. Non, mes Alpes s’incarnent dans ce duo rare et à travers lui dans les récits de leurs histoires, celles qui ont croisé la grande, que l’on apprend à l’école, mais aussi les plus petites, avec toujours un souvenir improbable qui rejaillit et finit en éclat de rire, des histoires de mobylette, de vie de village, de chasse aux cristaux et de courses en montagne. C’est cette familiarité avec chaque sentier, chaque sommet, aux noms récités comme un alphabet, les chansons à la mandoline à la fin des repas. C’est enfin ce goût du riche partage, cette fraternité simple, forte, où se mêle une rudesse joyeuse. Que mes Alpes retentissent et se lovent encore longtemps dans ces « j’me rappelle, un jour… ».  Je ne peux me lasser de votre regard et vous en remercie.

Sophie Marin-David, diplômée de recherche de l’École du Louvre et assistante de conservation au Musée-Château d’Annecy.

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