L'Alpe

L’Alpe 46 : Alpins des Amériques

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Le dossier

MexicoAlpes d’ici
Les nouvelles frontières de l’immigration

Connecté, le migrant n’est plus un déraciné. Équipé d’un téléphone portable ou d’un ordinateur branché sur Internet, il ne quitte pas vraiment son pays ni sa famille. La sociologue Dana Diminescu montre cette nouvelle réalité que n’ont pas connue les nomades alpins des deux derniers siècles. Par Joëlle Kuntz, journaliste au quotidien suisse Le Temps depuis sa création il y a dix ans.

Un blues alpin

Arrivé au Mississippi en 1982, le Suisse Walter Liniger est aujourd’hui un éminent spécialiste du blues qu’il enseigne dans les universités… américaines ! Une fusion originale des traditions et des cultures, à la manière d’un déraciné, riche de deux patries, de deux langues, mais nulle part chez lui. Sauf, sans doute, dans sa musique. Celle de l’exil. Par Bänz Friedli, écrivain, spécialiste de la culture pop.

Écouter deux thèmes que Walter Liniger a eu la gentillesse d’offrir aux lecteurs de L’Alpe en cliquant sur les liens ci-dessous :

Picked No Cotton

Better Day

 

Preservation Hall

 

Du jazz dans la maison des Savoyards

À La Nouvelle-Orléans, le quartier historique conserve le souvenir de Claude Gurlie et Joseph Guillot, architectes savoyards émigrés outre-Atlantique au début du XIXe siècle. La petite histoire de deux entrepreneurs de Samoëns (Haute-Savoie) qui trouvèrent en Louisiane le chemin de la réussite. Par Mickael Meynet, historien, il s’intéresse aux confréries professionnelles et à l’histoire des compagnonnages de métiers. Par Mickaël Meynet, historien, acteur du patrimoine culturel de la vallée du Giffre.

La jeune fille et les Patagons

Le Chili dispute encore sa frontière australe à l’Argentine en cette fin de XIXe siècle. Pour consolider son territoire, le gouvernement va inciter des colons alpins à venir s’installer dans ce bout du monde alors habité par quelques rares tribus patagones. Parmi eux une jeune fille, Marie Pittet, qui, après bien des aventures rocambolesques, se construira une nouvelle vie à quelques encablures du cap Horn. Par Roger Pasquier, socio-économiste engagé depuis 1964 dans la coopération au développement, notamment avec l’Amérique latine.

Emile Chabrand

Réédition
De Barcelonnette à México

Article à lire en texte intégral en cliquant ici
Émile Chabrand, notable de la vallée de l’Ubaye, entreprend en 1882 un long voyage qui le ramène au Mexique, où il a déjà passé vingt ans, via l’Inde et l’Extrême-Orient. Dix ans plus tard, il publie le récit coloré de ce tour du monde et se voit primé par l’Académie française. Extraits.


La grande transat des patrimoines

 

En Ubaye, le musée de la Vallée entretient la mémoire vive des migrations locales. Un patrimoine nourri, aujourd’hui encore, d’un flux d’échanges de part et d’autre de l’Atlantique. Autour du musée et de plusieurs associations, se tissent des liens qui enrichissent les collections et, surtout, le dialogue entre descendants d’émigrés. Une belle histoire humaine. Par Hélène Homps-Brousse, conservatrice du musée de Barcelonnette.

CalifornieCarnet d’un Piémontais chez les cow-boys

Lire le carnet en texte intégral en cliquant ici

Italie-Californie… et retour ! Parti « faire le berger » sur les contreforts de la Sierra Nevada, Bartolomeo Marino est revenu dans sa vallée natale en 1909. Avec un portefeuille bien garni et, dans ses bagages, des photographies et des petits carnets racontant son aventure californienne. Une mémoire familiale soigneusement conservée. Par Guillaume Lebaudy, ethnologue, membre de l’Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative (IDEMEC, Aix-en-Provence).

Pratique

Des adresses, des sites Internet et des pistes des deux côtés de l’océan pour suivre les Alpins émigrés.

& aussi

Francois DidayExposition
Avec vue sur lac

À Annecy, une vaste exposition interroge les regards portés sur les lacs alpins depuis le XVe siècle. Comment les artistes ont-ils mis en scène ces rivages ? Comment l’industrie touristique s’en est-elle emparée ? À voir au Musée-Château et au Palais de l’Île jusqu’en octobre 2009. Par Sophie Marin, responsable des collections beaux-arts du Musée-Château et commissaire scientifique de l’exposition.

Le Valais au petit point

Le grand train dans la montagne est le thème de la broderie monumentale réalisée sous le houlette de Maria Ceppi et exposée au musée d’Art de Sion. Un ouvrage étonnant, dont la conception et la confection traduisent le double visage d’un canton suisse entre tradition et technologie. Par Pascal Ruedin, conservateur du musée d’Art de Sion, auteur de nombreuses expositions et publications sur l’art suisse.

Mon alpe
Turin-sur-mer. Le(s) sens du territoire

Quand la rencontre avec un p’tit gars de l’alpe au détour d’un sentier du val d’Aoste engage une belle réflexion sur notre perception du monde. Montagne vécue et montagne lue, une contribution qui poursuit la publication des récits intimes de nos auteurs ouverte l’hiver dernier dans notre numéro anniversaire. Par Luigi Gaido, consultant pour le développement économique en montagne, directeur du congrès mondial du tourisme de neige et de montagne de l’Organisation mondiale du tourisme.

DaguerréotypePortfolio
La sépia reprend des couleurs

Les débuts de la photo en Isère se dévoileront cet automne au musée de l’Ancien Évêché, à Grenoble. L’exposition fera la part belle aux photographes de paysage tout en rappelant les réalités et les usages divers de la photographie entre 1840 et 1880. À travers plus de deux cents photos inédites, issues de collections privées. Par Jean-Louis Roux, critique littéraire et critique d’art, auteur d’une vingtaine de livres et passionné de photographie.

Le sommet rêvé des artistes allemands

En Bavière, le Watzmann est un sommet emblématique dont la silhouette attire l’œil. Celui des artistes en particulier. Depuis plus de quatre cents ans, les représentations de cette montagne se succèdent, traduisant chacune à sa manière la sensibilité et l’esprit du temps. Démonstration en sept tableaux. Par Margarete Botzian, journaliste.

Photo : Luca Catalano Gonzaga

Photo : Luca Catalano Gonzaga

Les actus de L’Alpe

Rencontres, livres, expositions, forum

Toute l’actualité culturelle de l’Europe alpine, de Nice à Vienne et de Genève à Ljubljana    : rencontres, beaux livres, colloques, musées, expositions, gastronomie, cinéma, courrier des lecteurs, etc. Ces pages fourmillent de nouvelles  !

3 commentaires pour “L’Alpe 46 : Alpins des Amériques”

  1. Lecomte dit :

    Bonjour,
    Je n’ai pas encore lu le dernier L‘Alpe mais au vu du sommaire, il me semble que vous avez oublié ou fait l’impasse sur un phénomène important : l’émigration des Champsaurins en Amérique. Presque toutes les familles champsaurines ont des aïeux qui ont émigré ! Florence et Marcel Barès en ont relaté toute l’histoire.

  2. Pascal Kober dit :

    Les petites et les grandes aventures des migrations alpines nécessiteraient plusieurs volumes de la revue ! Nul doute que nous reviendrons dans un prochain numéro de L’Alpe sur le western champsaurin conté par Florence et Marcel Barès dans plusieurs ouvrages aujourd’hui épuisés. De même que nous n’avons guère évoqué les voyages vers le Canada, et singulièrement vers le Québec, qui mériteraient tout autant d’être explorés.

  3. Daniel Léon dit :

    NDLR. À la lecture de notre article consacré à l’aventure du Suisse Walter Liniger au pays du blues, Daniel Léon, qui a collaboré pendant deux ans à L’Alpe et gère désormais la belle bibliothèque des éditions Glénat, dans l’ancienne chapelle de Sainte-Cécile, nouveau siège de l’entreprise, a réagi avec passion. Grand connaisseur de cet univers musical, il développe ici une argumentation très documentée :

    Sur l’aventure du Suisse Liniger au pays du blues, rien à dire quant à son talent (effectivement remarqué aux côtés du grand James «  Son  » Thomas, récompensé en 1989 par un W. C. Handy Award pour son album «  Gateway To The Delta  »). Rien à dire non plus quant à son parcours éducatif de premier ordre en faveur de la reconnaissance du blues rural. Je «  tique  » toutefois quand il affirme que «  Au Mississippi, c’était la première fois qu’un musicien de blues noir jouait avec un Blanc.  » Erreur de transcription du propos de Liniger  ? Cette affirmation est en effet des plus hasardeuses. Bien avant 1982, date à laquelle Liniger s’installe aux États-Unis, les collaborations entre bluesmen noirs et blancs sont légion dans les états du sud, et notamment au Mississippi. Dès l’entre-deux-guerres, conscients de l’importance d’une forme de culture jusque-là négligée par leur propre société, des amateurs blancs s’en vont enregistrer des bluesmen ruraux, notamment pour la Bibliothèque du Congrès. Ils nous laissent des documents fondamentaux, mais ils ne sont pas musiciens eux-mêmes…

    Il faut attendre le début des années 1960, qui correspond à la reconnaissance internationale du blues, pour que des ethnomusicologues blancs sillonnent la région en quête de bluesmen locaux. Et cette fois, ceux que l’on désigne de façon un peu simpliste comme des folkloristes sont également des musiciens avertis. De ces field recordings (enregistrements de terrain) résultent des séances d’enregistrement mettant en scène les bluesmen noirs, souvent aux côtés de ces ethnomusicologues, et les exemples ne manquent pas. David Evans (chanteur, guitariste, écrivain et professeur de musique à l’université de Memphis) est un des plus importants  : dès 1962, il se produit aux côtés des plus grands, signe des biographies qui font autorité sur les pionniers du blues rural, puis crée en 1979 un label (High Water) qui permet aux descendants desdits pionniers d’enregistrer. À peu près à la même époque, le génial Alan Wilson (chanteur, harmoniciste et guitariste, membre fondateur en 1965 d’un des premiers groupes de blues blanc américain, Canned Heat), fourbit ses armes auprès de Son House et Skip James, créateurs essentiels du Delta Blues. En 1967, George Mitchell découvre R. L. Burnside qu’il va littéralement chercher sur son tracteur, lui prêtant sa guitare pour une session mémorable dans l’histoire du Delta Blues  : si Mitchell se baladait avec sa guitare au Mississippi, ce n’était sûrement pas seulement pour la prêter aux bluesmen rencontrés, même démunis. Et de ce côté de l’Atlantique, comment ne pas citer notre Gérard Herzhaft national (La grande encyclopédie du blues, entre autres), qui lui aussi, dès les années 1960, apprend le blues en plein Deep South, ce sud profond dont on convient qu’il a vu naître le blues…

    On peut d’ailleurs pousser le raisonnement plus loin. Ou plus tôt, en fait. En termes de blues, la seule véritable période de séparation entre Noirs et Blancs va des années 1920 aux années 1940, alors que les États-Unis entretiennent une forme de ségrégation étatisée très dure (nul doute que l’Afrique du Sud s’en inspirera…), peut-être plus dure que l’esclavage dont l’abolition en 1865 n’empêcha en rien la poursuite de l’avilissement de l’individu. D’ailleurs, contrairement à une idée reçue, s’il fallait associer le blues à un phénomène de société (est-ce néanmoins nécessaire ?), ce ne serait pas à l’esclavage, mais bien à la ségrégation.

    Pascal Kober le sait, le premier disque de jazz, gravé en 1917, est l’œuvre d’un groupe entièrement composé de musiciens blancs (Original Dixieland Jazz Band). Trois ans plus tard, le premier disque de blues «  officiel  » est à son tour enregistré, mais «  accidentellement  » (une certaine Mamie Smith remplace au pied levé une chanteuse de jazz souffrante), et il s’agit d’un blues urbain encore fortement teinté de jazz. Il n’est toutefois déjà pas question qu’il sorte du «  milieu noir  ». L’industrie discographique alors en plein essor (eh oui, en 1920 !) enfante en effet les race records, les disques de race. Il s’agit d’enregistrements réalisés par les Noirs pour les Noirs, qui ne sortent pas de ce circuit  : ils n’apparaissent pas dans les catalogues destinés aux Blancs, les artistes ne se produisent pas dans les spectacles qui sont également réservés aux Blancs. Seule la radio permet aux Noirs d’accéder directement au blues… La première mention des race records date de 1922, soit à peu près à l’époque des premiers enregistrements de blues rural originel (1923). Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, quelque 15 000 titres sont gravés sous ce «  label  » (dont au moins 10 000 de blues), les race records disparaissant définitivement en 1949 dans le classement de la revue Billboard (les fameux charts) pour devenir les Rhythm and Blues Records. Néanmoins, si une connotation péjorative qualifie encore de nos jours les race records, les Noirs de l’époque (du moins ceux qui vivaient dans les grandes villes, où ils disposaient de bons moyens de diffusion et d’enregistrement) y puisaient une certaine fierté, car ils y voyaient un vecteur de transmission de leur culture musicale.

    On admet que le blues est né dans le dernier quart du XIXe siècle, sans doute dans la région du Delta du Mississippi (rien à voir avec le delta de ce fleuve, voir plus loin). Les Noirs issus de l’esclavage travaillent alors pour les riches planteurs locaux, et le blues se structure dans ce contexte particulier. De leurs origines africaines, ils ont conservé une tradition orale et percussive caractéristique. Mais cela ne saurait suffire. Reposant sur des fondations faites de codes encore sous influence tribale, leur culture musicale va se nourrir d’autres apports. Et les Blancs y jouent sans doute un rôle non négligeable. Car nombre de domestiques employés sur les plantations qui nécessitent une main-d’œuvre considérable sont de race blanche, et ils proviennent des classes les plus pauvres, leur condition n’étant pas nécessairement plus enviable que celle des Noirs. Attirés par la fertilité de la région, ces Blancs apportent des instruments traditionnels comme la guitare et le violon ou fiddle, les Noirs étant eux davantage adeptes du banjo qui a ses origines en Afrique de l’Ouest (fiddle et banjo seront encore courants au sein des premiers groupes de blues enregistrés dans les années 1920). En cette fin de XIXe siècle, Noirs et Blancs du Delta sont sans aucun doute conduits à partager leurs expériences musicales lors de spectacles organisés pour distraire les propriétaires, ou simplement lors de soirées entre eux. De cette old-time music très archaïque (préfiguration du folk et de la country music) qui privilégie alors les thèmes instrumentaux et la danse, les Noirs s’inspirent en intégrant deux des principaux ingrédients du blues issus de la tradition afro-américaine, paroles évocatrices et altération marquée de la structure harmonique pour obtenir plus de rythme et de variété dans les tempos. Bref, ce n’est qu’un résumé, mais les premières collaborations «  bluesistiques  » entre Noirs et Blancs demeurent difficiles à dater et remontent probablement aux origines de cette musique  ! Mais ça, c’est une autre histoire…

    Deuxième (et dernière !) chose à propos de cet article, et cette fois difficilement imputable à l’auteur, vous avez cédé à une confusion, il est vrai courante, à propos du Delta. Oui, Delta avec un grand «  D  », car il ne s’agit en rien du delta du fleuve Mississippi, qui se jette dans l’océan près de La Nouvelle-Orléans. Le Delta dont il est question dans l’article se situe en fait près de 500 kilomètres au nord, au nord-ouest de l’état du Mississippi. Il ne s’agit pas d’une division administrative, mais d’une zone longue de 350 kilomètres du nord au sud entre les villes de Memphis et de Vicksburg, et large de 120 kilomètres au maximum, délimitée à l’ouest par le Mississippi et à l’est par la rivière Yazoo (à peine 11 400 kilomètres carrés, à peu près une fois et demie le département de l’Isère), et dont la forme évoque la lettre grecque delta, d’où son nom. Cette plaine alluviale, à la fois très fertile et très pauvre car dépendante de la monoculture du coton (sans compter les inondations qui la dévastent régulièrement), est aujourd’hui considérée comme le berceau du blues. Elle fut très vite, si j’ose dire, la terre d’accueil des esclaves noirs sur le territoire nord-américain. C’est dans ce cadre singulier, dans les grandes plantations terriennes, que le blues est né à la fin du XIXe siècle. Non seulement pratiquement tous les fondateurs du blues rural originel ont vu le jour dans le Delta, mais ce sera également le cas de la plupart de leurs descendants durant quatre générations  ! Inutile de dire que cette étroite langue de terre isolée est aujourd’hui mythique pour tout amateur de blues.

(pour toute question plus personnelle nécessitant une réponse de la rédaction, merci de cliquer plutôt sur le lien "Contacts" situé dans le bandeau bleu en haut de page).