L'Alpe

L’Alpe 06 : tournant de millénaire

Les Alpes qui inventent

Voici venu le temps de l’initiative locale. Au menu : une recette que les hippies assaisonnaient déjà à leur façon en 1968 en Californie ou en Ardèche : « small is beautiful ». A l’évidence, dans les Alpes, le troisième millénaire passera par l’infiniment petit. Libéralisme oblige, finis les grands projets de développement contrôlés par l’Etat. Les montagnards doivent se prendre en mains. Ça tombe bien : des initiatives originales foisonnent. Mais on ne le voyait guère. Par Jacques Mouriquand.

Chronique d’un déséquilibre annoncé

L’avenir des Alpes semble promis à une dichotomie si l’on en croit les analyses des mouvements de population de ces dernières décennies. Vallées urbanisées d’un côté, montagnes désertées de l’autre. Ce glissement progressif est-il vraiment inexorable ? Par Werner Bätzing.

Manifeste pour une alpe douce

Farouche défenseur du développement durable au profit de populations montagnardes placées sous le joug des urbains, Helmut Moroder signe ici un plaidoyer en faveur de la Convention pour la protection des Alpes. Un regard optimiste et militant.

L’estomac de la méduse

L’âge des découvertes étant révolu, le troisième millénaire sera-t-il celui de l’aide à la découverte ? Tous les moyens sont bons pour expliquer et mettre en scène la montagne, sous un angle qui en dit parfois long sur les valeurs que nous lui accordons. Avec pour résultat l’uniformisation du regard que chacun se doit de porter sur elle. Contradiction, compensation ou exploitation ? Par Gilles Peissel.

En ce temps-là, en l’an – 2000…

Que se passait-il dans les Alpes il y a 4 000 ans ? La magie des chiffres ronds incite à la curiosité. Les réponses du préhistorien proposent des conclusions d’actualité. Les logiques économiques, sociales et humaines semblent avoir conservé, de l’âge du bronze à l’ère spatiale, la même nature fondamentale. Par Aimé Bocquet.

Véritable révolution technique, la maîtrise du bronze qui permet d’obtenir en grand nombre des pièces d’une infinie variété, va complètement transformer la société. Ce métal apparaît dans les Alpes vers 2200 avant Jésus-Christ, fondant de grandes civilisations comme celle du Rhône à l’âge du bronze ancien. Cette belle épingle gravée, trouvée à Verchiez, près d’Aigle, dans le canton de Vaud, provient des ateliers de bronziers de cette région (musée d’Archéologie et d’Histoire de Lausanne ; photo : Fibbi-Aepelli).

Et les Alpes entrèrent dans la civilisation…

L’an 0 n’existe pas… Il ne peut donc servir de borne sur la route chaotique de l’histoire des Alpes. C’est pourtant au tournant de notre ère, il y a quelque deux mille ans, que s’effectua la romanisation des peuples alpins. Car ils n’étaient pas fous, ces Romains. Leur peur des montagnes fut moins forte que l’attrait des richesses qu’elles recélaient. Et la civilisation pénétra dans les Alpes manu militari… Par Michel Tarpin.

Les mille ans de la Saint-Ours

La foire d’Aoste dont la millième édition se déroulera à partir du 31 janvier 2000 est une vénérable institution toujours d’actualité. Ses origines se perdent en des temps anciens où pèlerins et commerçants se croisaient sur la route du Grand-Saint-Bernard. Cette manifestation annuelle et festive perpétue un rite collectif, les retrouvailles de communautés alpines autour d’un artisanat traditionnel. Par Joseph-Gabriel Rivolin.

Bon vent…

Pas question de laisser filer le millénaire sans rendre hommage à ce grand ordonnateur qui a façonné les paysages et fasciné bien des hommes. Qui, mieux que le vent, symbole d’échange et d’inspiration, pouvait illustrer ce passage vers un nouveau monde, cet an 2000 que l’on espère moins matérialiste et plein d’esprit ? Par Philippe Villette.

La belle palette des souffles alpins : du lenticulaire en haute altitude jusqu’au foehn sur le massif du Mont-Blanc, en passant par le libeccio corse, les nuées fuligineuses, la légère brise de beau temps et le vent froid du Semnoz. Photos : Michel Ferrer.

Portfolio : Pleine Lune

Alpes d’ailleurs. Ces montagnes grises, l’artiste américain Michael Light les a exhumées des archives de la NASA avant de leur rendre leur éclat d’origine grâce aux vertus de l’ordinateur. Des images d’un Grand Tour cosmique que n’aurait probablement pas renié Turner et qui symbolisent à merveille un millénaire qui s’achève sur une exploration aujourd’hui avortée. Par Michael Light et Andrew Chaikin.

Mes Alpes au troisième millénaire…

Attention : exception. Les textes qui suivent sont l’oeuvre d’auteurs qui se sont essayés à l’art d’une fugue ludique sur le thème du troisième millénaire dans les Alpes. Ces pièces miniatures révèlent les fantasmes et les interrogations de scientifiques et de chercheurs, de photographes et d’écrivains, sur un futur qui, au fond, ressemble fort à un miroir déformé du présent…

Ma mer, mon alpe, mes amours…

Eté. Vacances. Quels plus beaux bagages spirituels peut-on emporter que cet an 2000 et cette interrogation : « mes Alpes au troisième millénaire » ? Merveilleuse et sainte oisiveté. Je m’enfuis vers le silence d’un calme marin incandescent… Par Inja Smerdel.

Le dernier tango à Quart-Villair

Patrimoine de l’humanité, les Alpes viennent, une fois encore et grâce à une découverte récente, d’apporter un jalon d’importance pour la compréhension de l’histoire et des coutumes de l’Europe d’avant la guerre nucléaire. Désormais préservée grâce à la création d’un parc archéologique, cette région recèle en effet un nombre considérable de vestiges propres à révéler encore bien des aspects d’une civilisation disparue. Par Alexis Bétemps.

Deux M pour mémoire

L’an 2000 ? Vous pensez si je m’en souviens ! Pour moi c’est comme l’année de ma naissance ou, pour mieux dire, de mon baptême. Encore qu’il m’a fallu du temps pour y arriver. Dans mon état, voyez-vous, on ne se déplace pas bien aisément. Alors on réfléchit longuement avant de se décider… Par Jean-Loup Fontana

Mirages

Elle venait de si loin que personne, pas même elle, ne savait quand ni comment son périple avait commencé. Ce qui est certain, c’est qu’un matin, la montagne s’était mise en route, tout doucement, sous le regard du silence et qu’elle avait voyagé au gré des orages et des vents, des nuages et des brumes… Par Jean-Olivier Majastre.

Le premier souffle

Tout avait pourtant bien commencé. Comme chaque fois, Paul Dumont avait d’abord rapidement expliqué le but des conférences Notre Monde puis le thème de la soirée. Son introduction sur la nature sauvage, la wilderness des Américains, était parfaitement rodée. La transition avec son film Planète Première ne lui posait plus de problème depuis longtemps… Par Bernard Amy.

Les errances d’un métèque en Valais

Qu’il est agréable de parcourir les ouvrages savants pour apprendre que les cols alpins étaient et demeurent un couloir où l’humanité s’est croisée depuis les temps paléolithiques… Par Hassan Sidi Maamar.

Pour un métro alpin

La fête dura plusieurs jours. Le 22 mai 1882, le Conseil fédéral inaugurait le chemin de fer du Gothard en présence de représentants des gouvernements suisse, allemand et italien. Cette ligne était considérée comme un lien entre les peuples, un ouvrage permettant de relier le Nord de l’Europe à l’Inde, via la Méditerranée et le canal de Suez… Par Kilian T. Elsasser.

CHRIS BURDEN. Ingénieur, inventeur, bricoleur et artiste de la performance, cet auteur américain a récemment exposé sa Medusa’s Head à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris. Une oeuvre spectaculaire de près de cinq mètres de diamètre, métaphore d’un monde englouti par sa propre technologie ou archéologie improbable du futur.
Contreplaqué, acier, ciment, pierres, modèles réduits, cinq voies ferrées et sept trains. Courtesy Gagosian Gallery, New-York.

Alpe-Bourg 2044

L’avalanche n’a pas frappé le village le 15 février 2044, ce qui n’étonna pas les Alpebourgeois. Malgré plus de vingt-et-un mètres de neige tombés depuis novembre, les protections des versants avaient tenu bon… Par Antoine Bailly.

Soleil noir

Un-neuf-neuf-neuf, deux-zéro-zéro-zéro… Pourquoi le passage entre ces deux successions de chiffres, dont l’une n’est pas moins belle ni moins ordonnée que l’autre, devrait-il marquer une réelle modification ? Les choses changent-elles lorsque le compteur électrique passe de 1 999 à 2 000 kilowatts ? Par Luigi Gaido.

Horlogers de lumière

En cet avant-dernier été de la fin de l’ultime siècle du deuxième millénaire, je repeins les sillons du temps dans une aventure de restauration gnomonique et picturale d’un cadran solaire datant de 1776. Depuis les échafaudages du chantier, mon regard se perd dans cette vaste peinture murale… Par Christiane Guichard.

Le sens de l’authentique

Il avait le droit de savoir. Nul n’aurait compris que le public ne réponde pas aux questions légitimes des journaux, afin d’en convaincre quiconque : oui, Joseph Durant pensait bien la même chose que tout le monde ; Joseph Durant s’était accompli lui-même, Joseph Durant vivait pleinement, Joseph Durant profitait de la vie… Par Sylvain Jouty.

L’an 2000. Genèse d’une image

Planche-contact : Guy Martin-Ravel

C’est le temps de la pluie, du brouillard et de ses fantômes, du soleil qui pique avant l’orage, des orages à l’échelle de l’Himalaya et des plus puissants nuages. Le temps de la mousson avec ses ambiances mystérieuses et inquiétantes. Mai 1994. Dans cette vallée de l’Everest, au Népal, pas de touristes. Ils préfèrent les atmosphères plus calmes de l’automne. Par Guy-Martin-Ravel.

Photo : Guy Martin-Ravel

Le poids des certitudes

Je suis un homme d’âge et si je vais au troupeau, c’est en spectateur. C’est notre neveu qui gouverne. Quand le troupeau va dépaître sur l’alpe, je reste à la maison. Je peux relire mes carnets de route et d’estive, et d’autres carnets de bergers du siècle passé que je n’ai pas connus… Par Jean Blanc.

Eloge d’une paresse révolutionnaire

Foire aux pronostics ? A l’approche de l’an 2000, certains devins ont ressenti des fourmillements prophétiques. Mais encore faudrait-il trouver le sens du temps qui passe. Je me demande plutôt si l’air de ce temps ne manifesterait pas comme une inspiration : calme étonnant d’avant la tempête ou tornade balayant l’atmosphère ? Par Roger Canac.

Photo : Pascal Kober

TEXTES INÉDITS :

Y aura-t-il encore longtemps des récits de catastrophes dans les Alpes du troisième millénaire après Jésus-Christ ?

Les prédictions de catastrophes à notre échelle des Alpes sont une équation à plusieurs inconnues de la mécanique de Newton : depuis 1248, personne ne sait prédire positivement, en dépit de la surveillance spéléologique de ses anfractuosités, quand et combien de méga mètres cubes du Granier risquent de tomber à nouveau près de la capitale de la Savoie. Par Christian Abry
et Hubert Bessat, professeur de phonétique expérimentale à l’université Stendhal de Grenoble et alpiniste et chercheur indépendant.

Chanson du marchand d’alpe

Je parcours ce pays splendide
C’est pour y faire le vide
Bâtissant avec ardeur
Car je suis promoteur.

Par Yves Frémion, conseiller régional, ancien député européen, écologiste, iconologue et zygomaticien.

Les prophéties d’Abel Cram Nellam

Aux pieds de l’Alpe tu es, aux pieds de l’Alpe tu resteras. Stoppe ta marche et contemple. Gravir n’est pas dominer, c’est un mirage de l’orgueil. Sache seulement que chaque petit pas intérieur est un grand pas pour ton humanité. Par Marc Mallen, ethnopastoraliste.

Réflexions sur le troisième millénaire alpin

Un historien a d’autant plus de mal à se lancer dans la prospective qu’il est fondamentalement plus préparé à se tourner vers le passé que vers l’avenir et qu’il sait par expérience combien ont été erronées toutes les tentatives de nos ancêtres pour prédire le futur. Par André Palluel-Guillard, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Savoie.

Deux journées de bergers

Extraits de la revue Natura, juillet 2013. Pour nous distraire des préoccupations culturelles et économiques et retrouver la poésie au contact de la nature, nous sommes allés visiter deux bergers. Nous avons d’abord rencontré Vincent et son troupeau sur la grande rocade de l’échangeur des autoroutes Espagne-Côte d’Azur, bordée par le T.T.G.V. C’est un lieu magnifique au gazon vert ombragé d’oliviers. On pense à Virgile et à Pagnol. Par Jean Blanc, ancien berger-éleveur transhumant, il a participé à la fondation des parcs naturels régionaux et fut l’initiateur des écomusées.

Blantsa flou

Autrefois, sur le versant opposé au hameau des Vincendières, il n’y avait pas de glacier. Les pentes étaient recouvertes d’herbe et personne n’avait jamais exploité cet alpage, selon des explications surnaturelles… Par C. D. et M. D., association «  Bessans, jadis et aujourd’hui  ».

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