André Pitte. Vingt ans déjà.
Que dirait André Pitte – le fondateur de L’Alpe – s’il apprenait que l’équipe de rédaction de la revue prépare aujourd’hui le numéro 112, ouvrant sa vingt-huitième année d’existence ? On l’imagine sans peine accueillir la nouvelle avec cet enthousiasme communicatif qui le caractérisait : « Formidable ! » L’éditeur de La Manufacture, puis de A. Die, le directeur de collection chez Glénat, mais aussi le créateur et l’animateur de la fête de la Transhumance (à Die), nous a longtemps interpellés, tant chez Glénat qu’au Musée dauphinois, sur la nécessité de consacrer une publication périodique au grand massif central de l’Europe et à ses cultures.
Vingt ans après sa disparition, le 8 janvier 2006, les textes publiés alors demeurent des repères. L’hommage de Pierre-Antoine Landel, dans la Revue de Géographie alpine, rappelle combien André Pitte fut d’abord un géographe attentif aux territoires dans leur épaisseur humaine, aux Alpes comme construction sociale, culturelle et politique. Celui de Denis Chevallier, dans L’Alpe, met en lumière l’éditeur et l’animateur, l’homme pour qui une revue n’était jamais un simple support, mais un espace de circulation : des idées, des disciplines, des sensibilités. Ensemble, ces textes dessinent une conception exigeante et ouverte du travail éditorial, indissociable d’un engagement intellectuel.
C’est cette conception qui continue de structurer L’Alpe. Revue fondée pour décloisonner, pour faire dialoguer sciences sociales, pratiques culturelles et regards sensibles, elle porte encore la marque de son fondateur dans son refus des formats convenus, dans son goût pour les objets inattendus, dans l’attention portée à l’écriture autant qu’aux contenus et à l’iconographie, toujours originale. L’Alpe n’a jamais été pensée comme un lieu de spécialisation étroite, mais comme un laboratoire, au sens plein du terme.
Si André Pitte demeure présent, ce n’est pas seulement par la mémoire ou par une fidélité symbolique. C’est parce que l’équipe veille à ce que les évolutions nécessaires de la revue — éditoriales, graphiques, thématiques — restent fidèles à ce qui en fait le cœur : une curiosité insatiable, un humour discret mais constant, et surtout cette obsession féconde de provoquer des rencontres. Rencontres entre chercheurs et praticiens, entre disciplines, entre générations, entre mondes parfois éloignés.
Cet héritage n’est ni figé ni sacralisé. Il se vérifie à chaque numéro, dans la capacité de L’Alpe à se réinventer sans se renier. En cela, vingt ans après, André Pitte continue d’être non seulement une référence, mais une exigence éditoriale vivante.
Jean Guibal
Co-directeur éditorial de L’Alpe
