L'Alpe

L’Alpe 21 : éditorial

Ceci n’est pas un numéro sur l’art. Ainsi aurions-nous pu introduire chacune de nos vingt premières parutions. Depuis les villégiatures jusqu’aux enfants, en passant par la cartographie, le bestiaire ou les paysages, aucune de nos thématiques, à l’exception notable de la musique, n’a en effet jamais abordé directement le fait artistique. Sauf à considérer que les vins ou les fromages… Mais ça, c’est une autre histoire… Pourtant, à bien y regarder, depuis le tout premier numéro de la revue, chacun de nos articles, chacun de nos choix iconographiques disent, et avec quelle vigueur, les artistes et les sommets. Un choix, bien entendu. Mais une voie dont nous n’avions pas tout à fait mesuré l’importance. Jusqu’à ce que nous nous mettions à l’ouvrage pour vous concocter le numéro que vous avez entre les mains.

Ainsi, Gustave Doré : publié dès le premier numéro de L’Alpe. Albrecht Dürer ? Ses oeuvres accompagnent l’article sur l’invention du paysage dans notre numéro 16. Turner ? Un portfolio entier lui était consacré dans notre troisième opus. Etc. Vous le verrez, les renvois vers d’autres parutions sont nombreux dans les articles qui suivent. C’est notre plaisir et notre fierté. D’avoir, en cinq ans (mais oui ! déjà…), su éviter les poncifs, refuser les clichés et rejeter les facilités. D’avoir, avec vous et grâce à vous, pu renifler le temps pour dénicher autre chose derrière le décor de carte postale. D’avoir trouvé quelques trésors et de vous les donner à voir, à lire, à déguster, à comprendre et à aimer.

Peut-être est-ce là l’essence même de l’art. Et surtout, ce qui fait encore avancer les artistes aujourd’hui : découvrir dans le réel, cette petite fêlure ou cette grande fracture d’où jaillit la vie. L’autre vie. Celle qui échappe à la standardisation de la pensée. Peut-être est-ce là, aussi, le fruit d’un enseignement, celui des Beaux-Arts (de Metz, loin des Alpes) qui affirmait déjà en substance que « la curiosité est la forme brute de la créativité ». Une jolie formule qu’illustrent à merveille tous ceux, auteurs et artistes, qui ont participé à l’élaboration de ce numéro. Artistes, les premiers Alpins du Néolithique ? Artisans, les sculpteurs savoyards du Moyen Âge ? Curieux, les fresquistes des petites églises de montagne ? Créatifs, les nouveaux land artists qui parcourent les Alpes ? Au fil des pages, s’égrènent des réflexions (et non des réponses), des questions (et non des certitudes). Tant il est vrai que l’art n’existe que lorsqu’il est conjugué sur le mode interrogatif.

Pascal Kober

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