L'Alpe

L’Alpe 32 : éditorial

Le voyage des papilles. Telle est la formule, pittoresque,qui nous a guidés lors de la construction de ce numéro. Nous imaginions un sommaire goûteux qui évoquerait les innombrables manières de se nourrir dans les montagnes. Depuis la simple cueillette jusqu’à l’élaboration des complexes recettes des grands chefs en passant par le transport et le commerce des aliments. Bref, pour reprendre la définition de la gastronomie selon le grand Brillat-Savarin, vous proposer « une connaissance raisonnée de tout ce qui a trait à l’homme [alpin] en tant qu’il se nourrit » et « veiller à la conservation des hommes au moyen de la meilleure nourriture possible ».

Les nourritures terrestres… Quel bonheur ! Et pourtant, en avions-nous déjà réalisé, des numéros de L’Alpe sur ce thème… Les vins et les fromages, les herbes et l’almanach des saisons, le sujet pouvait paraître épuisé. C’était compter sans l’ingéniosité de ceux qui savent se réinventer des plaisirs. Trouver des astuces pour déguster l’hiver venu le produit estival de leur terre. User de la force du vent pour fabriquer leur pain. Pêcher leur champ ! Échanger le fruit de leur labeur contre les épices venues d’outre-mer. Conjuguer ces saveurs du monde avec les productions locales. Voir, à fleur de peau, la vache en flanc de montagne. Le « succuler », goulûment, ce formidable paysage. Voyager encore pour y déceler l’esprit de la terre des hommes…

Toutes ces merveilles, notre directeur de la rédaction, André Pitte, nous les avait fait lentement savourer en cet automne 2005, travaillant comme à son habitude très en amont, au sommet, pour préparer un sommaire qui nous mettrait l’eau à la bouche. Et puis la nouvelle est tombée, le 8 janvier au matin : André nous a quittés. Au moment de boucler le dernier numéro qu’il nous a concocté, la petite équipe de L’Alpe est encore toute tourneboulée.Par la disparition d’un ami, d’abord. Et du papa de cette revue, ensuite. En ces âpres instants, André nous aurait probablement suggéré d’emporter les mots d’un autre poète pour ce nouveau voyage :

« Il faut tourner la page
changer de paysage
le pied sur une berge
vierge »

Il faut tourner la page
toucher l’autre rivage
littoral inconnu
nu »

Texte extrait des Manuscrits de Claude Nougaro (éditions Textuel, 2005). En musique sur Nougayork (Warner, 1989).

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