Danielle Buyssens

L’alpe, l’émotion

Les Alpes en vrai, je les laisse à d’autres. Et les Alpes en images, je les abandonne aux peintres d’autrefois qui les mettaient au fond de leurs tableaux, noyant leur masse imposante dans une aimable nuée. Je passe mon chemin lorsqu’elles sont enluminées d’un grand coup de coucher de soleil. Je les évite monumentales, hérissées, cascadantes. Je souris en tournant la page quand le mont Blanc le dispute à l’île Rousseau comme icône de Genève. Les Alpes, j’en garde deux moments, deux émotions. Celle du peintre et graveur suisse Jean-Antoine Linck (1766-1843), parce qu’il a caressé leur grain, écouté leur silence, déchiffré leur clarté sereine. Et celle de son compatriote Rodolphe Töpffer (1799-1846), parce qu’il a eu pour elles toutes les humeurs, amoureux jaloux, tonitruant, peintre des noirs, théoricien bruyant, politologue, guide voyagiste, marcheur, marcheur de la plus extrême attention, marcheur de mots et de traits de crayon.

Danielle Buyssens, historienne de l’art, conservatrice chargée de recherche au musée d’Ethnographie de Genève.

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