If

La porte entrebâillée, je me rappelle les couleurs choisies de mon enfance, celles aux teintes ineffaçables, ondée de jour et fleuve de nuit. Elles arpentent les campagnes, promptes des soucieuses traductions en cavale dans les charmilles enflammées. Peu à peu, la nuit couve l’onde et phrase la lumière dans la calligraphie des plaines enneigées. Point par point, la suite du souvenir ourle le brouillard et côtoie le silence. Au loin, les coiffes des vals s’enrhument, une éolienne moissonne le temps. Fourrure d’automne, persienne d’été, la caresse chevauche le lendemain avec de sobres chuchotements, en une indicible intimité où se jouxtent lisières inachevées et pourpoints musicaux.

Perpétuité de l’éphémère

Tout proche du regard de la crête, les nuages en file indienne toilettent la cime des arbres avec le chant de la pierre. J’observe, mais je ne m’immisce point à chercher la couleur du verbe, je m’assois tout simplement au bas de la page, au milieu de ses masses friables qui s’enchevêtrent sur le sol, au côté des premières meules avec l’abstraction du brouillard sous les rampes clinquantes du silence pendant que le clair-obscur emmaillote la vacance du jour.

Éric Ferber, artiste photographe.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

19 − quatre =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Retour en haut