L'Alpe

L’Alpe 53 : Les liens de notre cybercolporteur

Pratique

Nourritures terrestres (et néanmoins virtuelles ;-)

Coupés du monde, moines et moniales ? Retirés de son agitation plutôt. Ce qui ne les empêche pas de conserver des liens avec les autres… y compris sur Internet ! L’économie monastique a souvent été liée à des productions artisanales qui comptent moult nourritures terrestres. Mais plus question pour les moines de courir les foires pour vendre leurs produits !

Confrontés à la complexité des circuits de distribution, des religieux entreprenants ont eu recours à des spécialistes. C’est le cas d’une sœur trappiste de l’abbaye de Chambarand (Isère) qui, en 1990, fait appel à un professeur en marketing pour la conseiller sur la vente des fromages dans les supermarchés. Ce dernier lui propose de développer la vente par correspondance, ce qui pousse les trappistines à élargir leur offre et s’associer à d’autres monastères. Un succès ! L’histoire débouchera un peu plus tard sur un site de vente via Internet.

Leçon d’économie

Il est bien fini le temps où les religieux pouvaient vivre en autarcie des produits de leurs terres et des largesses des croyants… Le travail manuel est certes partie prenante de la vie contemplative, mais aujourd’hui produire et vendre est devenu une véritable nécessité économique pour les établissements religieux qui ont dû repenser leur mise en marché et élargir leur offre. C’est ainsi que, outre les traditionnelles liqueurs, fromages, miels et tisanes, on trouve des bains moussants, engrais, cosmétiques, huiles essentielles, compléments alimentaires mais aussi couettes en duvet, linge de maison, cithares, robes de chambre, bougies, savons, crèches, sandales, CD, etc. Surfant sur la vague du bio, du naturel, du savoir-faire artisanal, du local et de l’authentique, voire du commerce équitable, les produits monastiques ont le vent en poupe, et pas seulement auprès des chrétiens. L’association Monastic a ainsi déposé sa marque, qui garantit une fabrication (ou du moins une transformation) par des moines et moniales. Seuls les chartreux ont toutefois atteint la renommée que l’on sait (40 % de leur production est exportée) avec un chiffre d’affaires de plus de dix millions d’euros en 2008. Pour la majorité des autres monastères, cette activité  ne représente qu’un appoint.

Fromages

Il existe un nombre impressionnant de produits dont les noms font référence aux moines, à commencer par le tête de moine, fromage AOC fabriqué dans le Jura suisse , déjà mentionné en 1570 par l’abbé de l’abbaye de Bellelay (où existe aujourd’hui un musée-fromagerie). Le consommateur averti n’oubliera pas qu’une image ou un nom ne garantit en rien que le produit est confectionné par des religieux ! Le marketing a compris depuis longtemps l’intérêt de l’image de tradition et de qualité attachée aux produits des abbayes. Les collectionneurs d’étiquettes de fromage le savent, tant le moine est une figure classique dans ce domaine. Des communautés monastiques produisent pourtant bien elles-mêmes. C’est le cas des cisterciens de Tamié, en Savoie qui préparent le fromage homonyme, à base de lait de vache cru et à pâte pressée non cuite, cousin du reblochon. Les sœurs de l’abbaye de Chambarand, au nord de l’Isère, fabriquent également un fromage au lait de vache, affiné dans leurs caves.

 

Vins

À l’extrémité sud des Alpes, les cisterciens de Lérins sont connus pour leur travail de vignerons. Installée dans l’île Saint-Honorat, face à Cannes, cette communauté propose vins fins, liqueurs, marc et huile d’olive. La petite production viticole des huit hectares est vendue à partir de 22 € la bouteille. La production est passée d’un peu plus de mille bouteilles en 1992 à près de quarante mille en 2009 ! Ce vin étant réputé (certaines cuvées ont été primées, comme la syrah en 2005), son prix peut grimper haut : plusieurs grands restaurants de la Côte d’Azur sont des clients fidèles (voir la page des partenaires chez qui on peut goûter la production dans des conditions plus épicuriennes que monacales…). Les œnophiles noteront qu’il existe une association des vins d’abbaye, mais parmi ses seize membres, aucun alpin. Des vocations à éveiller ?

 

CLIC

Des souris et des moines

Plusieurs galeries marchandes virtuelles proposent des productions monastiques. Mais pas uniquement. Pour certaines, on trouve également des produits non monastiques (mais toujours bio) voire des spécialités de petits producteurs locaux. Notre-Dame de Ganagobie (Alpes de Haute-Provence) diffuse ainsi du miel, des confitures, de l’huile d’olive et, plus rare, du jus d’argousier, riche en vitamine C, une production plus en lien avec la tradition monastique des produits de santé à base de plantes (tisanes, baumes, etc.) très bien représentée sur Internet.

www.monastic-euro.org présente les produits de l’association fabriqués en Europe (par thèmes) et donne des informations sur les quelque deux cents communautés de l’association, avec une recherche géographique. On peut également y chercher un lieu de retraite, un service (librairie, réparations, locations, etc.), les adresses des boutiques (dont une en Bavière). À noter, une chartreuse slovène qui produit de la liqueur de genièvre et de l’eau de vie de poire, ou encore un monastère suisse (Fribourg) qui propose une élixir à base de plantes de montagne.

www.agape-abbayes.com propose des produits alimentaires et cosmétiques fabriqués ou distribués par une quarantaine de communautés dans toute la France ainsi qu’à l’étranger). Une carte permet de cliquer sur les établissements afin d’en savoir plus sur ces établissements et leurs productions. Parmi les sept abbayes alpines, on trouve par exemple le fromage tamié, le vin épicé Ypocras (une recette médiévale) d’Aiguebelle (spécialiste, aussi, des tisanes), les biscuits de Chalais, les vins de Lérins, etc. Le site élargit son offre au bio et produits équitables.

www.abbayes-nature.com présente les productions de dix-huit monastères et abbayes, en France et à l’étranger, dont celui de la Grande Chartreuse. Beaucoup de produits «  bien-être  », diététique et soins, mais aussi de l’épicerie, des apéritifs, biscuits, desserts, confiseries, etc. On trouve même un hydromel «  Nectar des Dieux  » dont l’appellation aurait autrefois fait sursauter plus d’un inquisiteur !

www.boutiques-theophile.com propose les produits d’une quinzaine de communautés. Dont, dans le sud des Alpes, www.abbaye-blauvac.com qui vend huile d’olive, miels et hosties.

www.comptoir-des-abbayes.fr met en ligne l’artisanat d’une soixantaine de communautés, dont cinq dans les Alpes. On y trouve desserts, charcuteries, huiles et condiments, biscuits, café, confitures, chocolats, produits de la ruche, boissons, farines et pâtes d’épeautre. L’entreprise a aussi deux boutiques «  en dur  », à Paris et Strasbourg.

www.artisanat-produits-monastiques.com oriente vers les sites des différentes communautés, à partir des spécialités, comestibles ou non (bougies, icônes etc.). Avec un lien sur abbayesprovencales.free.fr portail des communautés de la région Provence-Alpes-Côte d’azur.

En Allemagne

Sur ce site de vente (en allemand uniquement) consacré aux « bons produits », on trouve une rubrique « Gutes aus Klöstern » (productions des monastères) avec un catalogue bien fourni en provenance d’abbayes de l’aire germanique (dont du schnaps et un Klosterbitter tyrolien), mais aussi de France.

Étude

Un rapport universitaire de DESS de 1996 a été réalisé sur le fromage du Mont des Cats et les moines du Nord qui le fabriquent depuis le XIXe siècle. Outre l’aspect très instructif de ce document, plusieurs réflexions et informations qui valent pour la production monastique en général.

Mon iPhone et Dieu

Dans le Vaucluse, l’abbaye du Barroux n’est pas à signaler uniquement pour sa boutique en ligne, bien étoffée en produits alimentaires (vins liqueurs et autres articles, comme sandales, parfumerie, etc.), mais aussi pour son annonce d’une future application iPhone pour vivre (un peu…) au rythme des moines, avec actualité du monastère, méditation du dimanche et offices grégoriens. En somme, la contemplation de ce monastère bénédictin bientôt sur les (tout petits) écrans.

Rabelais

Des moines qui apprécient les plaisirs de la bonne chère ? On en trouve déjà au XVIe siècle sous la plume de Rabelais, lui-même ancien moine bénédictin, dans son Gargantua. Plusieurs versions numérisées sont consultables à la Bibliothèque nationale. On peut notamment y voir des illustrations de 1537.

Pages réalisées par le cybercolporteur de L’Alpe, Thierry Noisette.

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