L'Alpe

L’Alpe 55 : Pratique : les pépites grenobloises de la rédaction

Les pépites grenobloises de la rédaction

Puisque c’est à Grenoble que L’Alpe a fait son nid, nous avons exceptionnellement demandé à nos proches (conseillers à la rédaction, gens de l’art, direction, etc.), de vous dévoiler l’adresse qu’ils conseilleraient à un ami ne connaissant pas la ville. Revue intime et parfois badine…

BALADE

« Ne me parle pas de Grenoble  ! »

Pour tenter de convaincre nos visiteurs que Grenoble n’abrite pas « que des sportifs, que des prétentieux », comme disait l’humoriste Fernand Raynaud, voici une pérégrination en trois stations (et de nombreuses variantes). Elle présente le double mérite d’avoir fait ses preuves sans lasser l’autochtone  : 1. Montée à la Bastille en téléphérique (éviter la grimpette à pied). Si temps dégagé, exaltation garantie du visiteur face au paysage. Si ciel plombé, le tour de manège reste distrayant et le spectacle urbain édifiant. Regagner la ville, à pied cette fois-ci : le visiteur gardera le souvenir d’une randonnée en montagne. 2. Visite du MAG  : c’est au musée archéologique de Grenoble, quartier Saint-Laurent, qu’aboutit notre excursion, habilement devenue culturelle. Après la balade dans la géographie alpine, on embarque pour un voyage dans l’histoire à bord d’une magnifique machine à remonter le temps. 3. Étape ethno-réjouissante au Café de France, à l’angle des rues Bayard et Servan  : café-journaux dès 7 heures, le plat du jour (que du frais !) à midi, un tiramisu aux Petits Bruns en guise de quatre-heures, ou un coup de blanc (essayez la verdesse du Grésivaudan) en fin de journée. Repaire d’antiquaires, réparateurs de vélos, dentistes, éditeurs, bouchers, journalistes, banquiers, électriciens, professeurs, conservateurs, garagistes, viticulteurs, notaires, secrétaires, fromagers, coiffeurs, élus de tous les bords et leurs électeurs de toutes couleurs ; et au moins un raton-laveur. Pas que des sportifs, peu de prétentieux  : des Grenoblois.

ISABELLE FORTIS

PATRIMONIAL

Hôtel Pierre-Bûcher

Grenoble recèle un riche patrimoine mais personne ne semble le savoir. C’est vrai que la vieille ville est de taille modeste, témoignage de la petite bourgade qu’elle est longtemps demeurée. C’est vrai aussi que la restauration du bâti ou les consignes données aux particuliers n’ont jamais fait l’objet de politiques ambitieuses, malgré les outils réglementaires dont s’est pourtant dotée la ville. Puisqu’il ne faut livrer ici qu’une seule adresse, nous n’évoquerons pas la toute récente restauration et mise en valeur de l’église Saint-Laurent, pas plus que celle du couvent Sainte-Cécile ou de l’ancien collège des Jésuites (aujourd’hui cité scolaire Stendhal), ni les travaux attendus sur la collégiale Saint-André ou, face à celle-ci, la restauration des façades de l’ancien palais du Parlement. Nous réserverons cette distinction à l’hôtel du magistrat Pierre Bûcher, 6 rue Brocherie, l’un des rares édifices de la Renaissance qui demeurent dans la ville. Pour le découvrir, la curiosité doit être vive car l’hôtel se trouve dans une cour intérieure précédée, côté rue, par un autre hôtel particulier (Croÿ-Chasnel) de moins belle prestance. Dans la cour s’élèvent des façades remarquables, avec des galeries sur consoles en pierre, un ordonnancement parfait des baies, etc. Et l’on dit que c’est le Pierre Bûcher en question qui, en 1560, aurait conçu les plans de l’édifice et même sculpté quelques modillons ! Il s’agit par ailleurs d’une magnifique restauration, conduite par la Ville de Grenoble avec l’étroite complicité d’un promoteur qui aime les vieilles pierres et les beaux logements (ça existe).

JEAN GUIBAL

La place du village

Voltaire, Bayard, Villars et Servan sont assis à la terrasse du Café de France. Le temps n’a pas bougé pour eux : aux deux angles, l’antiquaire vend les tableaux de leur époque et le bouquiniste leurs œuvres reliées. Sur un grand pot de la Fléchère placé devant les convives, on lit : « N’écoute pas ton médecin, fais comme lui, bois du vin. » Ils goûtent le vin blanc du Grésivaudan, enfin de retour après quelques lustres d’absence. Au couvent Sainte-Cécile, ce ne sont plus des sœurs mais des éditeurs. Hache a fermé son atelier de la rue des Mûriers mais ses meubles sont bien là, dans les bureaux des éditions Glénat. La cloche égraine toujours les heures, répondant à celles de l’évêché. Au bout des rues, rien n’a changé : les montagnes de l’Oisans au loin au sud, la cathédrale Notre-Dame au nord, et à l’ouest l’ancien collège des Jésuites d’où Stendhal vient de sortir après ses cours. Le voilà qui arrive pour boire un verre. Le soleil perce au-dessus des toits pour éclairer l’estaminet. Au coin de ces quatre rues, sur les pavés retrouvés, le temps ne compte plus.

JACQUES GLÉNAT

La Soupe aux choux

Les clubs de jazz sont rares en province. Il faut donc saluer la pugnacité de Jacques Perez, cofondateur de ce bistrot qui propose des concerts de belle tenue (ainsi que des repas) dans une ancienne épicerie de la route de Lyon. On croise ici les légendes de la note bleue (Chet Baker, Petra Magoni ou Louis Winsberg) comme les musiciens locaux, et ce tous les soirs, du mardi au samedi. En 2012, la Soupe aux choux fêtera ses trente ans d’activité. Souhaitons que la petite musique qui s’échappera de l’anniversaire arrivera jusqu’aux oreilles de l’architecte Christian de Portzamparc qui va bientôt restructurer ce quartier de l’Esplanade. Un projet urbain magnifique, à l’entrée de Grenoble, dans lequel on verrait bien bouillir une marmite toute neuve pour le jazz de La Soupe aux choux

PASCAL KOBER

Sur les pas  des habitants de Cularo

Découverte à ne pas manquer : le baptistère au musée de l’Ancien Évêché, un site archéologique exceptionnel découvert en 1989 sous la place Notre-Dame. Il faut entrer dans le musée puis descendre au sous-sol pour se retrouver au niveau de la cité antique, extra-muros. Là, l’histoire de Grenoble se dévoile à travers les vestiges du rempart romain du IIIe siècle et du premier édifice chrétien de la ville, le baptistère daté du IVe siècle, mais aussi des restes d’habitats du Ier siècle avant notre ère et des collections qui donnent vie aux vieilles pierres. En longeant l’enceinte, on pénètre par la porte des piétons, la poterne, à l’intérieur de la ville. Dans un jeu d’ombre et de lumière, surgissent les témoignages de constructions urbaines avant que l’évêque Domnin ne fasse édifier les premières églises chrétiennes dont ne subsistent que les vestiges de la cuve où des milliers de Gallo-Romains ont marqué leur adhésion spirituelle à la nouvelle religion venue du Proche-Orient en recevant le sacrement du baptême. On peut s’affranchir des textes, des illustrations et des maquettes pour une visite rêvée, en quête d’une réalité d’un autre temps.

ISABELLE LAZIER

La haine de l’anorak

Les tribus ont ça en commun : leur tenue d’apparat. Des plumes, des couleurs, des bijoux. Le Grenoblois a la sienne aussi et il ne la quitte jamais. Ja – mais. Et c’est là tout le problème. Dans les restaurants, les cafés, les salles de spectacle, en ville, la semaine dans le tram’, le week-end pour marcher jusqu’au lac Achard ou faire le Moucherotte, il arbore fièrement un pantacourt, une chemisette carreautée, des chaussures de rando’, tige basse ou modèle doigts de pied apparents à scratchs l’été… Les Pages jaunes indiquent quarante-trois magasins de sport dans Grenoble et son agglomération ; un réel chaos pour les gens pas d’ici qui aiment peut-être le sport mais moins de quinze heures par semaine. Heureusement un havre de paix est né depuis quelques années en centre-ville : la rue Docteur-Mazet. Un endroit où la vendeuse, maquillée et coiffée, propose du bleu marine pour l’hiver 2012 ou du compensé pour la semelle de la chaussure, plutôt camel. Une rue où la veste est en laine froide, ni imper-respirante ni windstopper. Un endroit où celle qui n’a ni veste polaire sans manches dans ses placards ni doudoune technique peut encore croiser ses semblables…

AURORE LEBAIGUE

Fromagerie Les alpages

Peut-être avez-vous déjà lu de nombreux articles concernant Bernard Mure-Ravaud, maître fromager et meilleur ouvrier de France (petit col tricolore qu’il affiche fièrement sur sa veste) ou souhaitez-vous sortir des éternelles raclettes  ? Alorsn une adresse  : la fromagerie Les alpages, 4 rue de Strasbourg. Certes, il faut d’abord faire la queue sur le trottoir (à moins que vous n’arriviez dès l’ouverture à 6 heures du matin…), mais ensuite vous êtes totalement pris en charge par le maître de maison pour un moment de découverte majestueuse du monde des fromages, qui dépasse largement les frontières des Alpes. Et si vous hésitez pour savoir que boire avec, il vous conseillera aussi sur le choix d’un vin, d’un cidre ou même d’une bière  !

CHANTAL SPILLEMAECKER

Le Caffè Forté

Au pied des anciens remparts de la ville, Thomas vous réserve un accueil « fort de café » ! Un Grenoble dans le vent avec sa décoration chaleureuse et inspirée.  D’anciennes cartes scolaires nous invitent au voyage et, dans un sourire, bousculent nos souvenirs… Un restaurant où il fait bon vivre, manger et trinquer. Et vous pouvez toujours essayer de demander, de ma part, un génépi en fin de repas ;-)

CORINNE TOURRASSE

Dans les jardins du peintre

Par une belle soirée d’hiver, une farandole de lucioles s’éparpillait entre une charmille et un bosquet, un étang et une fontaine, à l’écoute, ici d’un gazouillis japonais, là d’une trille africaine… Célébrant le centenaire d’Olivier Messiaen, un concert d’oiseaux de tous les continents transformait les jardins déjà magiques du musée Hébert en un véritable « jardin extraordinaire ». Si l’on veut trouver « un lieu pour la promenade (…) loin des passages cloutés », comme dit la chanson de Charles Trenet, c’est bien dans le domaine du peintre Ernest Hébert qu’il faut se rendre. Aujourd’hui rejoint par la ville, l’endroit est resté un paradisiaque îlot de calme, hors du temps. Bâtie au XVIIe siècle, cette maison de campagne familiale fut pour l’artiste (1817-1908) un havre de paix où il aimait à se reposer entre deux séjours à Paris ou en Italie. Avec le mobilier d’époque, les collections et l’atelier du peintre, la demeure a conservé son charme ancien. Elle accueille aussi de beaux événements, expositions, concerts et lectures dans le grand salon qui résonne encore des soirées d’autrefois. Les jardins s’offrent à la promenade et à la rêverie, sous d’immenses frondaisons, entre l’étang aux nymphéas et la grotte de rocaille qui se mire dans un bassin, la roseraie et la terrasse en rotonde où bruit un jet d’eau, par des sentiers ponctués de statues qui « dès la nuit venue, s’en vont danser sur le gazon ». Il suffit pour ça d’un peu d’imagination…

DOMINIQUE VULLIAMY

Le pont du jardin des plantes

Grenoble s’enorgueillit à juste titre d’une spectaculaire architecture en pierre artificielle ou béton de ciment. On connaît l’immeuble au griffon, la façade des éléphants, la Casamaures ou l’incontournable tour Perret. On est moins attentif à des constructions plus modestes, tels ces édicules pour l’hygiène et le confort publics que le préfet Rambuteau avait choisi de dénommer « colonnes vespasiennes ». Tous concourent à immortaliser la mémoire des promoteurs du ciment, au premier chef celle de Louis Vicat son inventeur (1786-1861). C’est peut-être au cœur du jardin des plantes que l’on trouve le plus émouvant témoin de cette aventure industrielle : la passerelle franchissant le ruisseau canalisé qui en assure l’irrigation. Ce ponceau de cinq à six mètres de portée fut réalisé en 1855. Neuf pièces de béton moulé jettent une élégante voûte surbaissée à clef alourdie, légèrement pendante. Le tablier propose un cheminement bordé d’une modeste corniche chasse-roue dépourvue de garde-corps. On imagine les pas hésitants des jardiniers inaugurant cette nouveauté  : c’était en effet le tout premier pont au monde construit sur ce mode audacieux. Dans sa modestie, combien annonce-t-il d’ouvrages audacieux qui, sans le béton de ciment, n’auraient probablement jamais été imaginés ni édifiés  ?

JEAN-LOUP FONTANA

Pour un regard d’Eulalie

Il est des lieux où l’on se rend et d’autres par lesquels le seul fait d’y passer rend heureux. Au numéro 1 de la rue Dolomieu, l’endroit est majestueusement gardé par une majestueuse jeune-fille de 5 ans. Imposante, la demoiselle n’est pas sans défense : Eulalie est une éléphante acquise en 1878 par Hippolyte Bouteille, premier conservateur du Muséum de Grenoble de 1847 à 1881. Dans les oreilles du passager qui traverse le jardin du Muséum, seuls les rires d’enfants résonnent, loin des bourdonnements de la ville. Le temps est suspendu aux balançoires et aux tourniquets ; les rayons du soleil traversent les branches des arbres centenaires, été comme hiver. Un doux moment.

AURORE LEBAIGUE

La chambre bleue

C’est une invitation à se rendre dans un lieu qui n’existe pas, du moins pas encore… Dans un coin endormi, un peu désuet, où il y a peu de raisons d’aller. Une chambre, entre le quartier Saint-Bruno et le boulevard Joseph-Vallier. En octobre 2012, on pourra la réserver en solitaire ou à deux, pour une nuit ou pour plusieurs. Elle s’appelle la Chambre bleue. C’est la chambre du rêve, pour celui ou celle qui part, qui quitte… qu’il s’agisse d’un court séjour ou d’un long exil. Cette expérience, le locataire de la chambre qui se retrouvera dans la peau de ceux qui n’habitent plus le pays et la langue dans laquelle ils sont nés, la vivra comme il l’entend (allongé sur le lit, assis à un bureau, debout dans la salle de bains). Tout l’emportera dans l’ailleurs, dans le songe. Les dormeurs, les veilleurs, les rêveurs, les locataires pourront y lire, écrire, se laisser envelopper par des images et des sons, des histoires de personnages fictifs ou d’exilés bien réels, ponctuées de silences ou perturbées par des bruits comme ceux de la nuit, du voyage ou du pays d’avant. Sur les murs, les rideaux, le plafond, des projections, des ombres d’objets, des flashes, des noirs comme des coupures de courant. À portée de main, un mode d’emploi de la chambre dans plusieurs langues, un carnet de bord pour noter ses propres sentiments, raconter ses exils.

GUILLAUME LEBAUDY

Un quartier qui a du sens

Pour ouvrir de nouveaux horizons et sortir des sentiers battus du centre-ville, il faut pratiquer le quartier Championnet, celui qui monte et qui affiche son identité, dénommé maintenant le Village. Au fil des rues Lakanal, Génissieu et de la place Championnet, de très bonnes adresses pour manger (L’envie des mets, L’as de pique…) ou boire un verre (Le bootsy, Le tire-bouchon), une librairie (Les modernes) installée dans un lieu superbe et qui organise de nombreuses animations pour le jeune public, ou encore l’épicerie Arax pour retrouver produits et senteurs du Proche-Orient. Et pour être dans l’air du temps (ou politiquement correct), on peut aussi faire ses courses à l’épicerie Locavore, pour un sirop de coquelicot du Trièves ou un sorbet à la vulnéraire.

CHANTAL SPILLEMAECKER

Sans oublier, bien entendu, les deux endroits où se mitonne L’Alpe tous les jours : le Musée dauphinois, sur les premières pentes de la Chartreuse et le couvent Sainte-Cécile, dans le centre-ville historique.

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