L'Alpe

L’Alpe 60 : chambre noire pour amateurs éclairés

Le Musée dauphinois met en valeur la collection (1840-1940) de la famille Flandrin dans une remarquable exposition qui contextualise, au fil de la grande histoire de la photographie, les oeuvres de ces pionniers de l’image alpine.

En 1839, Louis Daguerre présente son daguerréotype à l’Académie des sciences à Paris. Une date dans l’histoire de la photographie. Celle de l’invention d’une méthode d’enregistrement pérenne de l’écriture avec la lumière, amélioration du procédé de Nicéphore Niépce. Il faudra à peine trois mois pour que ladite invention atteigne les Alpes, comme le montraient les recherches menées à la suite de l’exposition Couleur sépia au musée de l’Ancien Évêché à Grenoble en 2009. Et c’est en quelque sorte la suite logique qui est présentée aujourd’hui, puisque, à cette occasion, se sont noués des contacts plus étroits avec Georges Flandrin, descendant d’une lignée qui, de longue date, a enrichi les fonds du Musée dauphinois.

Ce dernier a ainsi acquis plusieurs milliers de documents, issus de la collection familiale qui rassemblait également des oeuvres de nombreux cousins, amis et relations. Minutieusement répertoriées et analysées, ces images ont permis d’affiner la connaissance autour de la naissance de la photographie au pied des Alpes. Ainsi de cette « jeune femme assise aux anglaises » dont le portrait en couleurs était finement serti dans un médaillon et que nous vous présentions en page 69 du numéro 46 de L’Alpe. Cette minuscule photo (3,8 x 3,1 cm), rehaussée de pigments et alors anonyme, peut dorénavant être datée (vers 1850) et attribuée à Victor Cassien, par comparaison avec un autre daguerréotype appartenant à la même série et représentant sa femme Thérèse.

C’est le principal mérite de cette exposition conçue par Zoé Blumenfeld-Chiodo et Valérie Huss que de contextualiser ainsi une rigoureuse sélection des photographies les plus représentatives de cette collection. Pas seulement sur le plan esthétique (même si certaines d’entre elles sont de belle tenue) mais aussi dans l’évolution de la technique photographique. On mesure ainsi mieux les mutations des représentations, depuis le classique portrait très posé qui tente encore d’imiter la peinture bourgeoise de la fin du XIXe siècle jusqu’aux premiers instantanés, permis, à partir de 1875, par l’accroissement de la sensibilité à la lumière des supports photographiques. De même, y côtoie-t-on la multiplication des usages de la photographie, depuis le format carte de visite que l’on s’échange dans le cadre de relations mondaines jusqu’aux premières images à vocation professionnelle qui seront exploitées dans le monde de l’édition.

Zoom sur les plus belles images

L’accrochage du Musée dauphinois se poursuit par une longue frise historique, agrémentée d’objets (châssis-presse, flashes, boîtes de papier, etc.) et qui met en parallèle les perfectionnements de la photographie et quelques dates marquantes jalonnant le corpus de la collection Flandrin : premières images de Joseph Flandrin, en amateur, en 1860, photos d’une virée au mont Aiguille vers 1890-1895, premiers autochromes (en couleurs) réalisés par le peintre Jules Flandrin en 1907 dans son jardin à Corenc, construction du refuge Adèle-Planchard, dans le massif des Écrins en 1926, etc. Ce sont, enfin, tous les divertissements d’une famille aisée qui font l’objet de la dernière salle de l’exposition : patinage sur l’étang Brun à Grenoble, chasse, équitation, croquet, alpinisme, canotage et régates sur l’Isère, musique entre amis, sans compter les nouveaux loisirs qui voient alors le jour comme le vélo ou l’automobile.

La scénographie est remarquable de sobriété avec ces grands portraits des principaux auteurs de la période scandant les séries de tirages originaux. On regrettera simplement un accrochage un tantinet trop sage car la plupart de ces documents sont très petits, étant obtenus par contact, au format du négatif. Loupe indispensable, donc, pour apprécier pleinement tous les détails de certaines images (comme cette farfeluterie tonnelière de Henri Ferrand sur un Groupe de la Société des touristes du Dauphiné aux Petites Rousses) dont la finesse de restitution aurait pourtant autorisé des agrandissements de très grand format. Mais ne boudons pas notre plaisir : cette exposition, intelligemment pédagogique, est complétée par un beau catalogue qui pose quant à lui quelques coups de zoom bienvenus sur les images les plus croquignolettes.

Pascal Kober

Exposition jusqu’au 16 septembre 2013 au Musée dauphinois, 30 rue Maurice-Gignoux à Grenoble. Catalogue (ouvrage collectif) disponible sur place. 104 pages. 16 €.

Un commentaire pour “L’Alpe 60 : chambre noire pour amateurs éclairés”

  1. ANDRE dit :

    Bonjour,
    où peut-on acheter par correspondance votre nr 46 de la revue Alpe 60 ?
    Avec mes remerciements.
    Cordialement.
    Michel ANDRE

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