L'Alpe

L’Alpe 62 : Pratique : Hommes et cultures du bois

AUTRICHE

Hommes et culture du bois

lalpe-62-16Au Vorarlberg, à l’extrémité occidentale de l’Autriche, s’élève une verte région de montagnes nommée Bregenzerwald (la forêt de Bregenz), où le travail du bois est tout naturellement une vieille tradition. Un pays qui a su évoluer au point de représenter aujourd’hui un exemple d’innovation en architecture et design contemporains (et écologiques de surcroît) pour les autres pays alpins. Car, mêlant habilement savoir-faire ancestraux et créativité, les architectes et artisans locaux ont réalisé avec succès l’improbable mariage du chalet à la Heidi et des formes épurées de constructions modernes, en bois et verre. Deux styles qui voisinent ici sans heurts, parfois au sein d’un même bâtiment. À l’instar des différents corps de métier qui ont su mettre en commun leurs compétences (dans une intelligente synergie entre artisans et architectes) pour inventer une démarche originale et fonctionnelle. En 1999, est ainsi née une association qui compte désormais plus de quatre-vingts membres (tous les métiers du bois mais aussi de la pierre, du métal, du textile, etc.). Puis a germé l’idée d’avoir un lieu de rencontre qui soit aussi une vitrine pour leurs productions et leurs compétences. Ils ont sollicité l’architecte suisse Peter Zumthor, (thermes de Vals, dans les Grisons ; voir le numéro 58 de L’Alpe) et après un an et demi de travaux, le Werkraum a été inauguré en juillet dernier à Andelsbuch. Couverte d’un immense toit en bois sombre d’un seul tenant (symbole de ce rassemblement d’hommes), posé sur trois gros piliers au touché velouté, l’élégante halle de 700 mètres carrés est entièrement vitrée pour laisser entrer le paysage. Dans cet espace de rencontre, seront exposées diverses réalisations, avec une trentaine de stands ainsi que des présentations temporaires venant d’autres pays. Le Werkraum abritera aussi des conférences, séminaires et autres manifestations. Non loin, à Hittisau, l’office du tourisme propose des visites sur le thème du bois, qui mènent depuis les trois vieux ponts de bois jusqu’à des constructions tant traditionnelles que modernes, en passant par des scieries, des menuiseries, une tonnellerie et des centrales de chauffage au bois. Enfin, à Sulzberg, au nord de la région, deux chemins en boucle font découvrir la culture du bois locale au travers d’une vingtaine d’œuvres et de bâtiments d’époques différentes.

http://www.werkraum.at

http://www.hittisau.at

http://www.sulzberg.at

http://www.bregenzerwald.at

ALPES FRANÇAISES

Voyages forestiers

Thônes (Haute-Savoie) et Méolans-Revel (Alpes-de-Haute-Provence) mettent en valeur la filière bois et les savoir-faire locaux, l’une avec l’écomusée du Bois et de la Forêt, l’autre avec la maison du Bois. Ces deux lieux font entrer le visiteur dans l’univers forestier sous toutes ses facettes. Ils proposent notamment de voir fonctionner une scierie hydraulique traditionnelle. À l’écomusée de Thônes, deux sentiers de découverte (2 heures chacun) permettent de mieux connaître la faune et la flore de la forêt mais aussi de comprendre comment l’homme a façonné le territoire, depuis l’ouverture du paysage autrefois jusqu’au retour d’un milieu boisé. Des activités sont proposées : film sur la filière bois dans les Aravis, démonstration de débardage par câble, visite d’entreprises locales et, cet automne, découverte des métiers du bois et de la forêt (5 octobre 2013), journée «  forêt gourmande  » (20 octobre) et soirée conférence (20 novembre). À Méolans-Revel, dont 60 % du territoire est occupé par la forêt (il y avait encore onze scieries en 1995, la maison du Bois, ouverte en 2007, se veut une vitrine de cette activité jusque dans son architecture résolument contemporaine. Conçue dans une optique d’économie énergétique (ce qui lui a valu un prix au salon de Grenoble en 2006), toute de verre et de bois, elle arbore une grande nef à l’impressionnante charpente témoignant des savoir-faire locaux. Présentations sur divers thèmes (la filière bois, le cheminement de l’arbre jusqu’au papier, etc.) et démonstrations sur plusieurs machines dans l’atelier. Un nouvel espace vente présente en outre les créations d’une association d’artisans de la région, tandis que l’arboretum voisin est riche d’une trentaine d’espèces. Enfin, en juin 2014 se déroulera la fête (biennale) du bois.

http://www.ecomuseedubois.com

http://www.maisondubois.fr

FRANCE

Faire salon

Deux salons destinés à promouvoir l’habitat durable et la filière bois. Celui de Grenoble (douzième édition du 3 au 6 avril 2014) accueille trois cents exposants, incluant des artisans et ateliers d’art. Le championnat européen des jeunes charpentiers s’y déroulera. À La Trinité (Nice), l’interprofession de la filière bois des Alpes-Maritimes et du Var a lancé en 2009 Construire en bois (qui se tient début avril) : présence d’entreprises et d’architectes, espaces consommation d’énergie, formation, gestion forestière, etc.

Grenoble :

http://www.salondubois.com

Nice : + 33 (0) 489 04 25 56.

VAL D’AOSTE

Foire de la Saint-Ours

Le bois est à l’honneur dans cette foire qui anime, fin janvier, la ville d’Aoste en Italie (voir notre article sur son millénaire dans le numéro 6 de L’Alpe). Elle serait née d’une fête religieuse médiévale où l’on distribuait des sabots aux indigents et l’on s’y retrouvait jadis pour vendre ou acheter objets usuels et statuettes votives. Depuis, les Valdôtains se sont acquis une solide réputation de sculpteurs sur bois. Si la foire s’est ouverte à d’autres productions locales (dentelle et tissus, fer forgé et paniers, vins, etc.), les artisans et artistes du bois sont toujours majoritaires parmi le millier d’exposants. Un rendez-vous très festif !

Chaque année, les 30 et 31 janvier.

http://www.fieradisantorso.it

GRISONS

La forêt d’aroles de Tamangur

En Basse-Engadine, à l’extrémité nord-est des Grisons (Suisse), God da Tamangur (la «  forêt là-derrière  ») est exceptionnelle : située à plus de 2 000 mètres d’altitude, elle est la plus haute forêt d’un seul tenant en Europe de ces pins cembro (voir le numéro 3 de L’Alpe). Ce résineux qui privilégie la haute montagne (entre 1 700 et 2 400 mètres) et les hivers rigoureux est très apprécié des ébénistes car facile à travailler, odorant et de belle couleur. Aussi, au début du XXe siècle, la forêt était-elle menacée. À l’instar de la langue romanche, parallèle qui inspira à Pieder Lansel en 1923 un poème célèbre dans les Grisons, érigeant Tamangur en symbole de cette culture en survie. Des mesures de protection ont alors été prises, la forêt a repris de la vigueur (tout comme la langue, le romantsch grisun) et la réserve du val S-Charl couvre désormais 86 hectares. Les arbres, qui croissent lentement et ne sont plus coupés, peuvent vivre jusqu’à 700 ans. Sur l’alpage Tamangur Dadora, on trouve des panneaux explicatifs et l’office du tourisme de Scuol propose des visites guidées de la nouvelle réserve forestière menant dans le val Müstair.

http://www.engadin.com

VALAIS

La châtaigneraie de Fully

Le village valaisan est surtout connu pour ses vignobles qui escaladent les pentes. On connaît moins sa châtaigneraie qui, avec un millier d’arbres, forme un rempart naturel contre les éboulements. Un programme de conservation et de régénération (dont le rétablissement d’un bisse d’irrigation) lui a valu un prix en 1997 car elle maintient «  un paysage unique en son genre [et] une grande diversité d’espèces menacées  ». On y trouve un sentier didactique (panneaux explicatifs, une heure trente de promenade) et une fête de la châtaigne se tient dans le village chaque deuxième week-end d’octobre, avec un grand marché (produits de terroir, artisanat) et bien sûr la brisolée, un repas très convivial de châtaignes grillées accompagnées de fromage d’alpage, pain de seigle, lard et raisin, le tout arrosé de vin nouveau et de petite arvine, cépage emblématique de la commune.

http://www.fetedelachataigne.ch

TRENTIN

L’art du bois

À San Michele all’Adige (Trentin, Italie), un étage du museo degli Usi e Costumi della Gente Trentina (installé dans un ancien couvent fortifié) est consacré au bois : roues, sabots, manches de fouet, outils agricoles, production des charpentiers et menuisiers (mobilier sculpté et peint), luges et carrioles de transport, etc. On y trouve aussi le mécanisme d’une scierie hydraulique, dite vénitienne, à l’image des trois cents scieries qu’a compté la région (il en reste… six aujourd’hui !). Une salle est vouée à la forêt (techniques d’abattage et de transport), dont la bonne gestion était vitale pour l’économie locale.

http://www.museosanmichele.it

TRENTIN

Les radeliers de la Piave

Le village de Codissago di Castellavazzo, au nord de Belluno (Italie), se trouve sur les rives de la Piave, ce grand fleuve qui prend sa source dans les Alpes carniques et rejoint l’Adriatique à côté de Venise. Comme l’Adige (qui se jette aussi près de cette ville), il fut une voie royale pour fournir en bois la cité des doges, qu’il s’agisse des milliers de troncs sur lesquels elle est bâtie ou pour approvisionner ses arsenaux. Avant la Première Guerre mondiale, vivaient ici de nombreux constructeurs et conducteurs de radeaux (les zattieri). Unique en Italie, le musée illustre la longue histoire du transport des grumes depuis l’Antiquité, source d’une importante activité économique dans la région. D’abord simplement jetés à l’eau, ils furent ensuite liés ensemble pour former ces grands radeaux servant également au transport des marchandises entre la montagne et la plaine. Centre d’étude et membre de l’association internationale des radeliers, le musée présente aussi des modèles provenant des Pyrénées, des Alpes françaises, allemandes et autrichiennes.

http://www.museozattieri.it

OBERLAND BERNOIS

Sculpture et tradition

À Brienz, dans l’Oberland bernois, se trouve le seul musée suisse entièrement consacré à la sculpture sur bois. La ville se trouve en effet au cœur d’une région riche d’une belle tradition d’art du bois, qu’il s’agisse d’objets usuels ornés, de souvenirs pour touristes (modèles réduits de chalets, animaux, figurines diverses), de jouets, crèches, coffrets, boîtes à musique, portes et meubles sculptés… Une réputation qui lui a valu d’être inscrite en 2012 sur l’inventaire des «  traditions vivantes de Suisse  ». Une présentation temporaire (jusqu’en avril 2015) est consacrée à ce patrimoine, partie prenante de la culture immatérielle bernoise.

http://museum-holzbildhauerei.ch

BAVIÈRE

Musée de la lutherie

À Mittenwald, près de Garmish-Partenkirchen, l’art de la lutherie remonte au XVIIIe siècle. De retour d’Italie, un habitant lança cette fabrication qui a fait les beaux jours de la bourgade, blottie dans le massif très forestier des Karwendel. Fondé en 1930, le musée possède une vaste collection qui embrasse les trois derniers siècles, tout en faisant la part belle à l’époque baroque (Mozart avait un violon de Mittenwald). Une reproduction d’atelier dévoile les secrets de cet art de faire chanter le bois. Aux côtés des violons, violoncelles ou guitares, on trouve des violes de gambe, d’amour ou encore des cithares, ces dernières étant au cœur d’une exposition temporaire (jusqu’au 3 novembre 2013) : Mittenwald serait en effet le berceau de cet instrument national bavarois qui a conquis ensuite les pays voisins.

http://www.geigenbaumuseum-mittenwald.de

En bref…

Stages pour tous

En Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence), près de la maison du bois, l’Atelier de la vis propose des stages tous niveaux et personnalisés, du bricoleur amateur (même débutant) au professionnel. Menuiserie, ébénisterie, sculpture, tournage sont proposés, par petits groupes et pour des formations de une à douze semaines.

http://atelierdelavis.fr

Des arbres et des outils

À Aubonne (canton de Vaud, près de Lausanne), l’arboretum (130 hectares, trois mille espèces dont d’anciennes variétés de pommiers) se double d’un musée du Bois. Importante collection d’outils des métiers du bois et de la forêt. Présentations thématiques temporaires : en 2013, Authier skis, 1910-1990.

http://www.arboretum.ch

De branche en branche

L’association Méluzine, dédiée à l’arbre (voir sur son site Internet, un catalogue d’arbres remarquables), propose un vagabondage d’arbre en arbre (tout lecteur d’Italo Calvino pensera au Baron perché !) pour découvrir l’univers forestier en hauteur sous la houlette d’un guide, grâce à des techniques de cordes (démontées ensuite). On peut y dormir, dans un hamac. Trois lieux (Hautes-Alpes) proposés, mais possibilité d’interventions ailleurs.

http://www.meluzine.com

Radeaux en fête

Dans le Trentin, l’épopée des radeliers revit autour de reconstitutions et de compétitions. À Valstagna, sur le fleuve Brenta, le palio delle zattere a lieu le dernier dimanche de juillet. Début juin à Borgo Sacco (Rovereto), «  un bourg et son fleuve  », rencontre internationale de radeliers avec des épreuves sur l’Adige. À Trente, le 26 juin, le palio del occa célèbre la San Vigilio, patron de la cité, tandis que Faedo et San Michele all’Adige fêtent le fleuve et ses radeaux fin juin.

Habitat rural

À Ballenberg (canton de Berne), une centaine de maisons traditionnelles suisses ont été reconstruites dans ce musée de plein air. Si le bois domine en régions de montagne, la diversité architecturale est impressionnante. L’environnement est restitué : jardins, animaux de la ferme, démonstration d’activités artisanales, expositions, marché de l’artisanat, théâtre, fêtes thématiques, etc.

http://ballenberg.ch

(pour toute question plus personnelle nécessitant une réponse de la rédaction, merci de cliquer plutôt sur le lien "Contacts" situé dans le bandeau bleu en haut de page).