L'Alpe

L’Alpe 68 : Charlie : Lumières !

lalpe-68-11Pour nos amis de Charlie Hebdo et en hommage à toutes les victimes assassinées en janvier dernier par des terroristes fanatiques, Mamette, la gentille petite grand-mère, crayonne les premiers rayons de soleil d’un millénaire des Lumières que nous appelons tous ici de nos vœux. Dans les jours qui ont suivi les attentats, ils ont été très nombreux à manifester leur soutien à Charlie Hebdo en nous envoyant spontanément leurs contributions. Les pages d’actualités de L’Alpe s’ouvrent en sanglots sur cette image de Nob, dessinateur, coloriste et scénariste, suivie de contributions d’auteurs et de lecteurs de L’Alpe, ainsi que d’autres auteurs de bandes dessinées publiés par notre éditeur, Glénat. Merci à Aurel, Bobie, Roger Brunel, Michel Cambon, Cled’12, Juan, Julien Neel, François Ravard, Loïc Sécheresse, Fred Sochard, Joost Swarte et Vincent.

Lumières pour un millénaire

Je suis un enfant de cette presse-là. Charlie. Et si la revue que vous avez entre les mains aujourd’hui est ce qu’elle est, avec cette attention portée, au-delà des mots, à toutes les formes d’expression, elle le doit, aussi, très modestement, à Cabu, Wolinski et quelques autres. Dans mes années Beaux-Arts, Daniel Ledran, mon prof de graphisme, et Baru, autre trublion de la BD, avaient créé Le Téméraire, qui se revendiquait alors «  Journal lorrain de contre-information ». Le jeune étudiant que j’étais, déjà lecteur de Charlie Hebdo, de La Gueule ouverte et de Hara-Kiri, s’engouffra, bien entendu, dans l’aventure. Loin de cette presse quotidienne régionale honnie et hégémonique qui ne s’est hélas pas beaucoup améliorée depuis… Nous voulions nous frotter à une autre façon de faire du journalisme. Cabu n’était jamais très loin. Ledran était pote avec le Grand Duduche. Il nous l’a fait côtoyer. Plus tard, parce que nous partagions la même passion pour la note bleue, nous nous sommes croisés à quelques reprises, Cabu pour Charlie, moi pour la revue Jazz Hot, entre clubs et festivals de jazz. Hier, des fanatiques ont tiré une balle dans la peau de Cabu. Comment peut-on tuer de sang-froid un type aussi gentil que Cabu ? Comment ? Par l’une des formes les plus dangereuses et les plus insidieuses de la connerie : la paresse intellectuelle. Parce qu’il est si simple de se conformer à un moule religieux plutôt que de se penser soi-même dans un monde en mouvement. Mais ne nous le cachons pas, c’est aussi par choix. Parce que notre ethnocentrisme nous empêche trop souvent de mesurer à quel point certains adhèrent de façon volontaire à ces idéologies mortifères. Ces fascistes islamistes, il faut aujourd’hui les combattre. Comme d’autres, hier, se sont battus contre Hitler et Mussolini. À L’Alpe ou ailleurs, les combattre avec les mots. Avec la pensée. Avec le crayon, comme tous ces saltimbanques qui nous ont spontanément adressé ces dessins. Pas sûr que demain, la plume et le crayon suffisent. Mais aujourd’hui, c’est la seule arme que nous sachions manier. Les Marc Ferro, Jean Prévost, Simon Nora, Marc Riboud, Rose Valland et tous ceux dont nous avons évoqué à plusieurs reprises dans cette revue le parcours de résistance (voir ici ou encore ), ces grands ancêtres n’en avaient pas d’autres. D’armes. Ou à peine. Ce mercredi 7 janvier 2015, ces tueurs ont aussi tué quelque chose en moi. Comme une forme de rousseauisme candide que j’entretenais avec délicatesse depuis ma plus tendre enfance. Demain, s’il le faut, les Alpes redeviendront terres de résistance. Mais avant, je voudrais tant que ce troisième millénaire devienne celui des Lumières. Et surtout, qu’il le devienne pour les peuples de la planète toute entière, permettant ainsi d’éradiquer obscurantismes, superstitions, intolérances et autres dogmatismes des religions ou des États. Ah, juste encore un mot. Du musicien américain Frank Zappa : « L’esprit, c’est comme un parachute, il ne sert à rien pas tant qu’il n’est pas ouvert. » Puisse-t-il être entendu…

PASCAL KOBER
RÉDACTEUR EN CHEF DE L’ALPE
Mercredi 28 janvier 2015

Réagissez

L’impensable

La barbarie est un scandale qui nous oblige à penser. Il y a urgence, on ne peut s’en accommoder. Mais comment penser l’impensable  ? Comment penser ce qui échappe à nos catégories de pensée  ? Comment comprendre ces candidats au suicide, pour qui la vie, l’amour n’ont aucune valeur et qui renient le principe fondamental de toute action  : «  Tu ne feras pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse  »  ? Le phénomène n’est pas nouveau, même s’il surgit sous une forme autre, il est une constante de l’histoire humaine. Face à lui, à chaque fois, la pensée se confronte à son propre échec, elle ne peut que dénoncer, s’insurger, crier, quand il faudrait comprendre, nouer ensemble tous les fils. Le chantier est immense, car les valeurs et les libertés que l’on croyait acquises restent à défendre. «  L’éducation peut tout  », affirmait le philosophe Helvétius. Faisons-en le pari, mais ne laissons pas parents et enseignants seuls dans cette tâche. Taillons nos crayons, dessinons, écrivons, éditons, inventons et continuons à rire des autres et de nous-mêmes.

SOPHIE BOIZARD
ÉDITRICE
Mercredi 28 janvier 2015

Nous sommes tous Charlie

Parmi les douze personnes assassinées ce mercredi 7 janvier 2015 à la rédaction de Charlie Hebdo, quatre auteurs proches des éditions Glénat (qui publient notre revue, L’Alpe), sont morts parce qu’ils défendaient leurs idées, leur vision du monde, leur bonheur de toujours dessiner notre vie quotidienne. Lâchement exécutés dans leurs bureaux parisiens par des individus lourdement armés, ils sont morts au champ d’honneur de la liberté de la presse. Toutes les équipes des éditions Glénat, choquées par l’annonce de la disparition de leurs amis, font part de leur solidarité avec l’ensemble des journalistes, dessinateurs de presse et auteurs, qu’elles côtoient tous les jours dans leur travail et qui se sentent aujourd’hui aussi menacés. La maison d’édition Glénat s’associe à la douleur des familles et des proches des nombreuses victimes, dont les policiers qui les protégeaient. Jacques Glénat, qui débuta comme garçon de courses à Charlie Hebdo, pleure ses maîtres Wolinski et Cabu et leurs jeunes disciples Tignous et Charb.

LES ÉDITIONS GLÉNAT
Mercredi 7 janvier 2015

501 LA BD EST CHARLIE[BD].inddLa BD est Charlie

«  L’humour est un coup de poing dans la gueule  »  : c’est sur cette citation de Cavanna, cofondateur de Charlie Hebdo, que se clôt ce recueil de dessins, né à l’initiative de trente-cinq éditeurs (dont Glénat qui l’a réalisé et diffusé), en réaction aux attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015. La totalité des bénéfices de ce livre de 176 pages imprimé à 100 000 exemplaires (10 €) sera reversée aux familles des dix-sept victimes : Frédéric Boisseau, Philippe Braham, Franck Brinsolaro, Jean Cabut (dit Cabu), Elsa Cayat, Stéphane Charbonnier (dit Charb), Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Honoré (dit Honoré), Clarissa Jean-Philippe, Bernard Maris, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, François-Michel Saada, Bernard Verlhac (dit Tignous) et Georges Wolinski.

Voir aussi sur Internet :

on.fb.me/1xoiTcR

on.fb.me/1IJCdI8

2 commentaires pour “L’Alpe 68 : Charlie : Lumières !”

  1. Bernard BONHOMME dit :

    Très déçu d’apprendre aujourd’hui 20 mars, que le livre La BD est Charlie est déjà épuisé… Une réimpression est-elle envisagée ?
    Salutations,
    B. Bonhomme

  2. Pascal dit :

    L’ensemble des éditeurs réunis dans le collectif pour la réalisation de La BD est Charlie ont décidé de ne pas réimprimer afin de conserver le caractère exceptionnel de ce livre réalisé à la mi-janvier, juste après les attentats, en hommage à nos amis assassinés et dont le premier tirage était déjà énorme (108 000 exemplaires). Le chèque représentant la totalité des bénéfices a été remis ce samedi 21 mars 2015 aux familles des dix-sept victimes dans le cadre du salon du livre.

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