L'Alpe

L’Alpe 81 : éditorial

Si l’on en juge aux émois provoqués par l’annonce d’un éventuel changement de nom de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, par l’intégration d’une référence au Sud, il faut craindre que tout rappel d’une forme de méridionalité des Alpes soit quelque peu… délicat. Cette partie du massif que Raoul Blanchard, le fondateur de la géographie alpine, nommait les «  Grandes Alpes du Sud  » (et que Germaine et Paul Veyret, ses successeurs, décrivaient comme les «  Grandes Alpes ensoleillées  »), redoute aujourd’hui que son caractère alpin ne soit altéré par une domination des traits méditerranéens que véhicule toute évocation du Sud. À l’heure où images et représentations mentales sont si importantes pour déterminer l’attractivité d’un territoire, cette opposition ne relève pas d’une simple susceptibilité des habitants d’un arrière-pays.

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Les Écrins, l’Argentera-Mercantour, le Dévoluy, le Queyras, l’Ubaye n’ont en effet rien à envier aux Alpes du Nord. Et si ces massifs ne détiennent pas le point culminant de l’arc alpin, ils possèdent un relief tout aussi fortement marqué, comme ils recèlent leurs sommets de plus de 3 000 mètres et sont parcourus par des skieurs, des alpinistes, des randonneurs, des cyclistes, etc. Leur dévolution au tourisme a peut-être été plus tardive, ou plus lente, mais elle est désormais complète, toutes activités et toutes saisons confondues, permettant enfin à la population de se maintenir sur ces terres, longtemps réservoir d’une importante émigration. Lesdites montagnes du Sud sont en outre bordées par des massifs préalpins où l’influence méditerranéenne est plus sensible encore, tant dans les paysages que dans le tempérament des communautés humaines.

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Mais ces hautes vallées et ces massifs ne sont pas uniquement le poumon d’un littoral largement urbanisé et souvent en sur-fréquentation, ni l’exutoire d’une Europe sevrée de nature. C’est un pays de cultures riches et vivaces, jamais refermées sur elles-mêmes, un territoire où l’on savait lire et écrire bien avant toutes les plaines alentour (au point de leur fournir des maîtres d’école !), un terrain où l’on a expérimenté la démocratie dès le Moyen Âge, ou encore un lieu dont on savait partir, quelquefois pour un autre continent, etc. Tous caractères que l’on ne peut acquérir que si l’on est confronté, au quotidien, aux dures conditions de vie de la montagne, à la servitude de la pente comme à celle de la neige ou du froid. D’où cette ardeur à en conserver le nom et pas seulement l’image.

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Jean Guibal
Directeur éditorial

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