L'Alpe

L’Alpe 01 : à la conquête de l’alpage

Par Hélène Viallet

Les moines contribuèrent largement au défrichage des terres d'altitude, ce dont témoignent de nombreuses enluminures de Livres d'Heures, comme ces manuscrits de Citeaux datant du début du douzième siècle (Morales sur Job de saint Grégoire, Bibliothèque municipale de Dijon).

Les moines contribuèrent largement au défrichage des terres d’altitude, ce dont témoignent de nombreuses enluminures de Livres d’Heures, comme ces manuscrits de Citeaux datant du début du douzième siècle (Morales sur Job de saint Grégoire, Bibliothèque municipale de Dijon).

En cette fin du XXe siècle, le randonneur qui parcourt les alpages du Beaufortain sac au dos, retient de ces vallées l’image d’immenses étendues verdoyantes que pâturent les troupeaux en toute sérénité. Contemplant ces vastes espaces, il songe que la nature a généreusement pourvu cette région. Rien ne manque à la vision idyllique de la montagne : sombres forêts accrochées à la pente, torrents fougueux, vallées profondes mais hospitalières et crêtes abruptes aux silhouettes vite familières animent les panoramas et la tapisserie des pâturages. Assez vite cependant, il réalise que l’attachement qu’il ressent pour cette montagne beaufortaine tient aussi à son humanité, à la vie et aux activités des hommes et des femmes qu’il rencontre au hasard de ses pas : ici une famille « remue » vers un pâturage plus élevé, là on refait une toiture, plus loin un bulldozer trace une piste pour desservir un alpage.

Et les chalets écroulés qu’il rencontre parfois ou le chemin qui disparaît sous les broussailles envahissant un pâturage abandonné, lui font prendre conscience de la fragilité de ce paysage, dont la vision harmonieuse est autant due au labeur de l’homme qu’aux dons de la nature. Mais sans doute ne peut-il imaginer la longue évolution d’un processus qui a abouti à un écosystème très perfectionné, expression de l’adaptation humaine à un milieu difficile et de ses capacités à en tirer le plus de ressources possibles tout en préservant son environnement pour le futur.

Ce système, cohérent dans un monde pré-industriel, a en grande partie disparu dans les années cinquante. Aujourd’hui les hommes qui veulent continuer à vivre en montagne recherchent un nouvel équilibre, beaucoup plus difficile à obtenir, en dépit des dons de la technologie. Pour comprendre la montagne aujourd’hui, il faut remonter le temps, car l’histoire des alpages commence véritablement au Moyen Âge.

La dynamique du groupe

Du XIe siècle à la fin du XIIIe, l’Europe occidentale connaît une longue période d’expansion et de prospérité économique. En Savoie l’accroissement démographique est important. Les premiers documents contenant des données démographiques apparaissent vers 1330-1340. Ce sont des comptes de subsides, c’est-à-dire des documents fiscaux. Le plus ancien conservé pour le Beaufortain date de 1356. Il dénombre pour Villard 89 noms de chefs de famille, 212 pour Hauteluce et 337 pour Beaufort (Queige ne fait pas alors partie du mandement de Beaufort), soit au total 638 feux.

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