L'Alpe

L’Alpe 13 : les chants d’un monde

Les chants d’un monde

Le coeur de l’Europe bat au rythme du brassage des populations et des esthétiques musicales. Pas étonnant de la part d’un monde, les Alpes, qui fait se rencontrer mélodies épicées de l’Orient et instruments occidentaux, jodel du Septentrion montagnard et polyphonies vocales méridionales, chant des oiseaux et ronronnement de la forge. Le tout en parfaite harmonie. Voyage… Par Philippe Fanise.

Le cor qui venait de la mer

Roger Zanetti dans ses oeuvres. Photo Claude Gardien.

Photo Claude Gardien.

Les mats des bateaux ont donné des idées à un musicien suisse et des ailes à son cor des Alpes. Roger Zanetti a transformé un instrument profondément ancré dans l’imagerie de la montagne en un objet de haute technologie, davantage enclin aux voyages et pourtant parfait frère de son du traditionnel Alphorn. En somme, ce que la Swatch pourrait être au bon vieux coucou… Par Claude Gardien.

Aux Merveilles des timbrés

Sonographie de la vallée des Merveilles, la musique, sans éloquence instrumentale, de Boisage et Ferrage a été improvisée par Philippe-Marcel Iung sur une partition de souvenirs, de textes épars écrits sur du papier transparent comme glace, et de collages fiévreux. Une partition épistolaire arrivée en morceaux dans sa boite aux lettres, semaine après semaine… Par Guillaume Lebaudy.

En fanfare et à saute-frontière

Après le défilé, quelques musiciens, dont Belo et son basson, entourés des "prieuresses" et de quelques amis (vers 1925). Document : archives du musée de Pigna.

Après le défilé, quelques musiciens, dont Belo et son basson, entourés des «  prieuresses  » et de quelques amis (vers 1925). Document : archives du musée de Pigna.

Tout est bon pour faire tourner les gens et les jours entre alpe italiennes et Méditerranée. Fanfare, accordéon, clarinette, harmonica ou sifflet d’écorce, la musique accompagne la vie et surtout réunit les hommes et les femmes en se moquant des frontières. Depuis les vieux airs folkloriques jusqu’au jazz, elle évolue et s’adapte, toujours vivante et conviviale. Par Christiane Eluère.

Le montagnard exilé

Pour Berlioz, la montagne, lieu d’isolement et de méditation, est le cadre idéal où il est donné à la musique de s’épanouir, loin des marais où l’art est condamné à la compromission et à l’asphyxie. Voyages dans une nature alpine enchantée… Par Christian Wasselin.

Youidi-ho-la, répondit l’écho

Musique des pâtres alpestres, le jodel est un chant d’appel du bétail, un mode de communication à distance et une expression musicale archaïque. Souvent détournés de leur fonction, ces cris et modulations inarticulés venus du fond des âges gardent une place privilégiée dans le folklore alpin. Par Gerlinde Haid.

Portfolio
Robert Doisneau : « Maurice Baquet, mon professeur de bonheur »

Maurice Baquet, Robert Doisneau et Frédéric Lodéon ; le violoncéleste, le photographe et le journaliste-violoncelliste. Boucle bouclée pour ce joli trio qui a pris les Alpes pour terrain de jeu musical. Le premier vient tout juste de fêter ses quatre-vingt dix ans, le deuxième disait du premier qu’il avait trouvé en lui son «  professeur de bonheur  » et le troisième rend hommage aux deux autres en un clin d’oeil complice. Regards croisés…

Un regard des hauteurs

Pour Olivier Messiaen, la montagne est un haut lieu de création, divine et musicale. Le chaos des glaciers, la lumière des cimes et le chant des oiseaux nourrissent ses oeuvres. Des rythmes et des couleurs dont il s’imprégnait lors de fréquents séjours dans sa retraite dauphinoise. Par Claude Samuel.

A fleur d’appeau

La belle est en émoi. Séduite par ce chanteur, ce danseur qui se produit à l’aube sur une scène rustique, se livrant à une savante chorégraphie au rythme de ses rauques vocalises. Cette sérénade du tétras-lyre, le naturaliste s’applique à en reproduire les modulations avec un simple petit morceau de bois. Miracle de l’amour… Par François Morel.

Une alpe de carton-pâte

Terrible image que celle évoquée par la «  Symphonie alpestre  » de Richard Strauss. Ici, la montagne n’est que décor et prétexte à une illustration orchestrale certes virtuose mais aussi dépourvue de toute spiritualité. Une oeuvre en technicolor, plus proche de la musique de film que de la poésie des cimes… Par Vita Gruodyté.

Rock’n’roll a(l)titude

Dans les années soixante-dix, Alpes est un groupe français et Mountain sévit aux USA, même si le guitariste basse s'adonne à un autre typed'escalade... Des paysages montagneux font le bonheur des pochettes de disques de rock progressif. Aujourd'hui, avec Kancheli, Radiohead, Mils ou Goldfrapp, l'alpe est toujours présente dans la musique contemporaine, les musiques électroniques et le rock au sens le plus large.

Cervin frappé à coups de masse, rose rouge au sommet de l’Everest, montag(n)es psychédéliques et enfumé(e)s, rock star en pleine action dans une falaise ou dromadaires au pied des voies… Le rock’n’roll aura décidément engendré une imagerie tout à fait originale dans laquelle la montagne joue parfois des rôles étonnants. Par Xavier Murillo.

Pour qui sonnent les glas ?

Les sonnailles des brebis, ont une fonction pratique mais aussi esthétique. Claires ou sombres, mâles ou femelles, elles sont d’abord au goût de celui qui les choisit avec amour. Marques de reconnaissance et signes de réussite, elles entonnent la musique de l’alpage. Par Pierre Laurence.

Un musique riche de tous les silences du monde

Si cette réalité multiple nous retient ici, c’est qu’elle a trouvé, pour se transmettre, une forme qui la magnifie et nous la fait aimer, une forme qui naît de la succession des images, de leurs affinités et de leurs contrastes, une forme qui se nomme rythme et s’apparente à la composition musicale. Une création photographique de Pascal Sarrazin pour L’Alpe.

ET ENCORE…

Vaches, je vous aime

Au commencement était la vache… Et une histoire d’amour entre la belle aux yeux doux, un photographe et un sociologue. Tous deux l’ont courtisée, l’un pour lui tirer le portrait, l’autre au travers des musées et des bibliothèques. Un livre est issu de cette passion, à paraître cet automne aux éditions Glénat. Subjectif, capricieux, fantaisiste, parfois grave, mais toujours à cent lieues des clichés, ce parcours dans l’univers bovin, illustré des photographies de Roberto Neumiller mais aussi de nombreuses oeuvres d’art pour la plupart inédites, fait preuve d’une réjouissante originalité. Extrait. Par Jean-Olivier Majastre.

L’Arche des cultures d’une ville-monde

Polémique à Genève autour du projet d’un nouveau musée d’Ethnographie, «  L’Esplanade des mondes  ». Riche de collections du monde entier, dont le fonds Amoudruz sur les Alpes, le musée affiche son ambition d’être un catalyseur interculturel, un lieu d’expression de la diversité et de la différence. Une ouverture sur l’Autre qui semble en déranger certains… Plaidoyer pour une ethnographie de l’ouverture. Par Christine Détraz, Erica Deuber Ziegler et Jérôme Ducor.

Un encyclopédiste alpin

Carillon de cloches des Alpes suisses, du val d'Aoste et de la Provence, mais aussi d'Espagne, de Slovénie et de Grèce.

Fleuron du musée Ethnographique, le fonds réuni par le Genevois Georges Amoudruz constitue une énorme somme sur le monde alpin. Entassé en grande partie dans des réserves après l’avoir été dans le dépôt du collectionneur, il n’en sort, par fragments, que lors d’expositions thématiques. Un trésor régional encore peu connu du public, mais que le nouveau musée permettrait de mettre enfin en lumière. Par Christophe Gros.

3 commentaires pour “L’Alpe 13 : les chants d’un monde”

  1. Martial Morin dit :

    Quelle bonne idée de se souvenir de Maurice Baquet, qui fut un violoncelliste extraordinaire, en plus d’avoir été un grand comédien, qui a vulgarisé la musique pour la mieux faire connaître et qui pouvait également jouer d’une façon très sérieuse des pièces extrêmement difficiles. Je me souviens de l’avoir entendu jouer sur une seule corde (la) de son instrument, un thème et variations de Paganini (le thème étant de Rossini) et ce fut merveilleux.

    De plus, il parlait et expliquait tout en jouant, ce qui n’est pas facile et exige de la part du cerveau une psychomotricité à toute épreuve. Il chantait également avec une très belle voix de baryton et il pouvait s’accompagner au piano sur ses propres chansons comme Le Bonhomme de neige qui est pur chef-d’œuvre. Il pouvait aussi se servir de son violoncelle comme d’une guitare (cordes pincées) pour s’accompagner.

    Peu de musiciens furent aussi complets et éclectiques que Maurice Baquet. Il faisait ce qu’il voulait avec la musique et jonglait avec elle comme le clown avec ses balles ou ses cerceaux, et il pouvait nous faire passer du fou-rire le plus terrible aux émotions les plus intenses. Ici, je pense à la première Gymnopédie de Satie qu’il avait retranscrite et qu’il jouait parfaitement. À la reprise du thème, il ajoutait une sourdine au violoncelle et cela devenait encore plus émouvant que le thème original, habituellement joué au piano.

    Je me demande où l’on peut trouver les paroles de ses chansons, surtout pour Le Bonhomme de neige, le vrai titre était Fée d’hiver. Et aussi cette chanson humoristique qui s’intitulait La Neige tombe à gros flocons sur la Suisse endormie et les traineaux glissent sans bruit sous la neige poudreuse. Alors, nous riions tous avant même que le titre ne soit donné au complet.

    Je crois que Maurice Baquet a été pour le violoncelle ce que le pianiste danois Victor Borge fut pour le piano. Ils ont démocratisé et dépoussiéré quelques recoins de la musique où s’était installé bien du fil d’araignée. Vive Maurice Baquet et son pédagogique violoncelle !

    J’ai retrouvé sur une ancienne bobine de magnétophone la chanson Fée d’hiver. Je crois que la retranscrire ici serait de nature à lui rendre un hommage réellement particulier. De plus, j’ai fait des recherches intenses partout sur Internet : impossible de trouver lesdites paroles. J’imagine que beaucoup d’internautes qui ont justement assisté aux prestations de Maurice Baquet seront ravis de pouvoir relire le texte et l’aventure de ce fameux bonhomme de neige. Nous ne pourrons cependant pas entendre chanter Maurice Baquet, mais avec un peu d’imagination, on pourra certainement le voir s’accompagner lui-même au piano « sur les touches noires, comme il disait, parce qu’il y en a beaucoup moins que des blanches. »

    FÉE D’HIVER
    (auteur : Maurice Baquet)

    C’était un bonhomme de neige
    Qui n’avait jamais navigué
    Qui voulait c’était son rêve
    Voir la mer Méditerranée
    Il était prisonnier des glaces
    Mais un coup de soleil fugace
    Un beau matin le fit glisser
    Il fit-car (1) dans une cabriole
    Et au bout de sa course folle
    Il arriva comme dans un livre d’images
    Au milieu d’un joli village,
    Quel paysage
    Mais sans y voir la mer, la mer Méditerranée.

    Il regarda à droite, à gauche
    Entendit un bruit de galoches
    Et vit venir, une écolière au doux sourire
    Qui ne tarda pas à lui dire
    Bonhomme de neige où donc vas-tu ?
    Voir la mer Méditerranée
    Mais je crois que j’l’ai dépassée
    Je suis perdu, je suis foutu
    Turlututu, chapeau pointu
    Alors elle le pris sous son aile
    Et bientôt elle l’emmena chez elle,
    La fille est belle
    Mais ça n’vaut pas la mer, la mer Méditerranée

    Et devant son air affamé
    Elle lui prépara pour dîner
    Du poulet, des oeufs en gelée
    Et ne voulant pas qu’il ait froid
    Elle alla lui chercher du bois
    Et alluma un grand feu dans la cheminée
    Ils se mirent à rêver
    Main dans la main, nez contre nez,
    Joues contre joues, yeux dans les yeux,
    Et c’est tendrement entrelacés
    Qu’il aperçoit sur la cheminée
    Un coquillage
    Où il entend le bruit d’la mer, la mer Méditerranée

    Mais à la chaleur de ces flammes,
    Le bonhomme de neige rendit l’âme
    Quel alarme, que de larmes
    Une flaque d’eau en forme de cœur
    Du whisky resta du bonheur
    De cet idylle
    Si la morale de mon histoire
    Risque de vous sembler bien noire
    ‘Vous en faites pas,
    Ça s’arrangera,
    L’bonheur est là,
    Suivez mon r’gard
    Les flaques d’eau font les p’tits ruisseaux
    Les ruisseaux font les grandes rivières
    Lesquelles se jettent
    Mais dans la mer, la mer, la mer Méditerranée

    C’était un bonhomme de neige
    Qui n’avait jamais navigué
    Qui voulait, c’était son rêve,
    Voir la mer Méditerranée
    Méditerranée, Méditerranée.

    1- Le faire-car : signature originale et éphémère de mariage pour voiture.

    Martial Morin
    Professeur et organiste
    Québec
    martial.morin@videotron.ca

  2. GERVASON dit :

    Concernant les paroles de La neige tombe…, tout ce dont je me souviens c’est :

    La neige tombe à gros flocons
    Sur la Suisse endormi-i-i-e
    Et les traineaux glissent sans bruit
    Sur la neige poudreu-eu-eu-se

    Qui dit mieux ???

    Bien à vous,

  3. ROSSET dit :

    Bonjour,

    Et bien, moi aussi, j’aurais souhaité tomber sur une petite vidéo de Maurice Baquet interprétant «  …sur la suuuiiissse endormi-i-i-eu  » (ou tout au moins les paroles de la chanson. Je ne sais pas comment j’ai connu cet homme, sans doute vu à la télé sur une émission régionale, mais j’aurais souhaité le connaître un peu plus en tant qu’artiste, humoriste, fantaisiste et montagnard (j’habite en Haute-Savoie)

    Jean-Louis R.

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